CECI n'est pas EXECUTE cems : Soutenance Damien Lecarpentier

Soutenance Damien Lecarpentier

Thèse préparée sous la direction d’Alain Cottereau et soutenue par Damien Lecarpentier le 22 octobre 2008, à l’EHESS. Félicitations du jury.

 

Les membres du jury

  • Janine Barbot (chercheur à  l’INSERM)

  • Jacques Commaille (professeur  à l'École normale supérieure de Cachan)

  • Alain Cottereau (directeur d'études à l'EHESS, directeur de la thèse)

  • Jean-Philippe Heurtin (professeur  à l'université de Versailles-St-Quentin-en-Yvelines)

  • Irène Théry (directrice d’études à l'EHESS)

 

Présentation/résumé de la thèse

L’organisation du lien parental à l’issue des séparations conjugales a beaucoup évolué ces trois dernières décennies. Face à la précarisation des unions parentales, l’idée de disjoindre le lien conjugal et le lien parental s’est imposée dans le droit et dans les tribunaux, et le principe est largement admis dans la société. Mais sa mise en œuvre se heurte à de multiples difficultés et suscite de nombreux débats. Depuis plusieurs années, elle a donné lieu à des actions militantes de la part de pères regroupés en associations et dénonçant le traitement qui leur est réservé lors du divorce et les difficultés qu’ils rencontrent pour organiser pratiquement leur parentalité au sein de la famille dissociée. Cette recherche apporte une contribution à l’étude de ces mouvements, tout en réinscrivant leurs revendications dans une analyse plus générale des controverses entourant la question de l’organisation de la parentalité post-conjugale depuis les années 1970. La notion de parentalité désemparée est ici proposée et mobilisée, à plusieurs titres : d’une part pour rendre compte de la transformation des repères s’agissant de la manière de fonder normativement et d’organiser pratiquement cette parentalité qui s’est affranchie du cadre conjugal ; d’autre part,  à un niveau plus individuel, pour décrire la manière dont certains parents peuvent se sentir désorientés face à la réorganisation du lien parental rendue nécessaire par la rupture conjugale, et se sentir dépossédés de leurs convictions de bon droit, face à la prise en charge de cette réorganisation par le droit et l’institution judiciaire.

L’analyse revient premièrement sur les débats qui ont eu lieu au sein de l’arène parlementaire et législative, à l’occasion des différentes réformes qui se sont succédées, des années 1970 jusqu’au début des années 2000, pour organiser le lien parental dans la famille dissociée. L’enquête s’attache à mettre en évidence l’émergence et l’affirmation d’un nouveau modèle d’organisation, fondé sur la coparentalité, qui vient progressivement se substituer au modèle fondé sur l’alternative parentale. Cette évolution témoigne d’une transformation affectant la perception de la parentalité, laquelle se dissocie progressivement de la conjugalité pour s’articuler désormais autour du lien de filiation unissant l’enfant à chacun de ses deux parents, et nourrit les multiples débats qui se sont multipliés depuis les années 1990, au-delà de l’arène parlementaire, autour de la question de l’égalité parentale. L’étude des prises de position au sein de cet espace public « élargi » permet d’observer comment un certain nombre d’acteurs se sont emparés ou s’emparent publiquement de la question de l’organisation du lien parental, et de montrer comment cette question peut être abordée à partir de pertinences singulières qui viennent interroger celles du droit et du législateur. Sont ainsi successivement étudiées les argumentations égalitaires des mouvements de pères, articulées autour de la nécessité de préserver le lien de filiation, et de l’égalité du père et de la mère du point de vue de ce lien de filiation ; les argumentations de certains psychologues et pédopsychiatres qui opèrent un déplacement de pertinence du lien de filiation aux besoins de l’enfant, et qui tentent de substituer au type neutre et asexué de parent porté par le droit de la famille et les mouvements de pères les types différenciés et non équivalents de père et de mère ; les revendications féministes, enfin, qui tentent également de réhabiliter le genre comme critère pertinent sous l’angle, cette fois, des rapports sociaux de sexe, en opposant à l’égalité du point de vue du lien de filiation les rapports inégaux de pouvoir existant entre les hommes et les femmes au sein de la famille et de la société, et en proposant de substituer à l’éthique de la justice une éthique fondée sur le care.

L’enquête se déplace ensuite des textes de lois et des débats publics à la pratique judiciaire, et montre comment cette même question se pose au sein de l’arène judiciaire, pour et devant le juge, à partir d’observations ethnographiques d’audiences de divorce réalisées au sein d’un Tribunal de Grande Instance de la région parisienne et d’entretiens menés auprès de magistrats, d’avocats, d’enquêteurs sociaux et de parents. Cette « descente » dans l’arène judiciaire permet d’observer comment le juge gère en situation les prétentions parentales, mais également comment la question de l’organisation de la parentalité post-conjugale se transforme lorsque l’institution judiciaire s’en empare. L’enquête illustre l’affirmation récente d’un nouveau modèle d’intervention judiciaire fondé sur l’idéal d’une séparation négociée et la pacification du conflit opposant les parents et s’attache ensuite, à partir d’entretiens menés auprès de parents en cours de séparation ou récemment séparés, à souligner les multiples décalages entre l’idéal de la séparation défendu par l’institution judiciaire et les attentes des parents vis-à-vis de l’intervention du juge. Alors que la justice familiale se veut une justice négociée impliquant les parents dans l’élaboration de leur séparation, l’enquête montre que, paradoxalement, les parents ont au contraire bien souvent l’impression que la prestation au sein de l’arène judiciaire leur échappe.

Les mouvements de pères sont alors analysés en tant que révélateurs des chemins que peut prendre la déception et la revendication parentale à l’issue de la séparation conjugale et de sa prise en charge par l’institution judiciaire, mais aussi comme une troisième arène de discussion et de prise en charge des expériences individuelles. L’enquête retrace l’histoire de ces mouvements et leur développement depuis les années 1970 et met en évidence l’hétérogénéité du « champ » des défenseurs de la « cause paternelle » à partir d’une analyse des revendications et des modes d’action collective de plusieurs associations françaises et britanniques. Elle souligne également l’ambivalence de leurs argumentations, qui oscillent entre une défense d’une conception libérale des droits individuels et une défense d’une conception traditionaliste de la famille unie. L’analyse pénètre ensuite à l’intérieur de ces mouvements pour observer la population qui les fréquente. A partir d’une série d’observations ethnographiques réalisées sur une durée de quatre années au sein de plusieurs associations, l’enquête montre comment sont concrètement pris en charge les problèmes rencontrés par les pères et comment sont accaparées et reconfigurées les expériences individuelles par les militants, ce qui constitue à bien des égards une autre forme de désemparement affectant la parentalité individuelle. L’enquête montre cependant l’utilité que peuvent avoir ces associations pour certains pères en ce qu’elles leur permettent de mettre en récit leur histoire et de s’orienter dans leur affaire et, plus généralement, de retrouver une capacité d’agir qui leur fait défaut au moment de leur séparation. C’est également à partir de cette approche que sont analysées les dynamiques de l’engagement militant au sein de ces mouvements. L’enquête montre que le militantisme paternel est essentiellement une forme d’engagement transitoire et temporaire, étroitement lié au processus de séparation, mais néanmoins fortement révélateur de l’expérience déstabilisante que peut produire pour les parents la rupture de leur couple.

EHESS
CNRS

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