CECI n'est pas EXECUTE cems : Soutenance Julia Velkovska

Soutenance Julia Velkovska

Thèse de doctorat dirigée par Louis Quéré et soutenue par Julia Velkovska le 19 octobre 2004 à EHESS.

 

Titre de la thèse

« Les formes de la sociabilité électronique. Une sociologie des activités d’écriture sur internet. »

 

Les membres du jury

  • Valérie Beaudouin, Responsable du laboratoire Sociologie des usages et traitement statistique de l'information, France Télécom Recherche et Développement

  • Michel de Fomel, Directeur d'études à l'EHESS

  • Christian Licoppe, Professeur à l'Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications

  • Lorenza Mondada, Professeur à l'Université Lumière Lyon H

  • Louis Quéré, Directeur de recherches CNRS (Directeur de thèse)

  • Patrick Watier, Professeur à l'Université Marc Bloch, Strasbourg.

 

Présentation de la thèse (en français)

Cette thèse étudie les interactions écrites se déroulant en temps réel ou différé sur internet, dans le cadre de chats, de forums et de listes de discussion. L'analyse détaillée des activités d'écriture électronique montre comment celles-ci font émerger des identités, des relations et des collectifs. À la lumière des approches de l'ethnométhodologie, de Schutz, de Goffman et de Simmel, cette analyse praxéologique interroge trois idées reçues SUT la communication sur internet.

 

Il est coutumier de considérer que les protagonistes des échanges électroniques s'attribuent des identités éphémères et fluctuantes. Cependant, ceci ne vaut que pour le stade initial des interactions, et l'analyse montre comment les interlocuteurs élaborent des identités stables pour fonder des relations durables sur le réseau.

 

De même, la connexion sur internet n'assure pas en elle-même l'intégration à des collectifs, comme le prétendent les discours promotionnels, relayés par certaines études des « communautés virtuelles ». L'enquête empirique montre, au contraire, que participer à des collectifs électroniques c'est constituer, partager et manifester un savoir allant-de-soi et une histoire commune.

 

Ces observations battent en brèche les conceptions qui présentent internet comme un espace d'échange libre et ouvert aux rencontres de différences. Il en ressort que, pour rendre compte de cet environnement, les recherches doivent s'attacher à décrire les interactions électroniques indépendamment de modèles idéaux (tels que les échanges thématiquement structurés et la conversation en face à face), par rapport auxquels elles feraient figure de modes de communication appauvris. Cette thèse montre donc que les activités d'écriture électronique méritent d'être étudiées pour elles-mêmes, afin d'élucider comment elles engagent ceux qui entendent y participer à produire activement leurs identités, leurs relations et des collectifs, c'est-à-dire à constituer Internet comme un média de communication.

 

Mots-clés

sociologie de la communication, Internet, chats, forums, listes de discussion, écriture électronique, situation d'interaction, relations sociales, identités, collectifs, ethnométhodologie, sociologie phénoménologique, Goffman, Simmel.

 

Présentation de la thèse (en anglais)

  •  « The forms of electronic sociability. A sociology of writing activities on the internet »

 

This research analyses synchronous and asynchronous written electronic interactions on internet as they develop on chats, newsgroups and discussion lists/ The detailed analysis of electronic writing shows how these activities constitute identities, relationships and collectives. Using ethnomethodology as well as the sociologies developed by Schutz, Goffinan and Simmel, this praxeological analysis questions three generally accepted ideas about communication on the internet.

 

It is usually taken for granted that participants in electronic exchanges play with short-lived and moving identities. Although this is true during the first steps of interaction, the analysis shows how interlocutors constitute stable identities, grounding lasting relationships on the net.

 

Certain advertisements and studies about "virtual communities" suggest that merely connecting to the internet is enough for being integrated into electronic collectives. On the contrary, the empirical inquiry shows that participating in such groups implies constituting, sharing and displaying taken-for-grantcd knowledge and a common history.

 

These observations refute the conceptions of internet as a space where one can exchange freely and which is open to the meeting of different opinions and more generally of differences between people. Usually, the studies of electronic interactions qualify them as impoverished in comparison to other communication models which are taken for granted by the analysts such as thematically structured exchanges or face to face conversation. This research shows that electronic interactions must be analyzed for themselves in order to understand how they engage participants to actively produce identities, relations and collectives, i.e. to constitute internet as communication media.

 

Présentation (développée)

Cette thèse étudie les interactions écrites se déroulant en temps réel ou différé sur Internet, dans le cadre de chais, de forums et de listes de discussion. À travers une approche praxéologique des activités d'écriture électronique (exposée dans la partie I, pp. 9-25) elle traite un double problème sociologique, celui de la relation sociale et celui de l'émergence de collectifs sur intemet. Ces deux aspects de la question des formes de la sociabilité électronique composent les deux parties analytiques de la thèse (la partie II, intitulée « Situations, identités et relations émergeant par récriture électronique », pp. 37-341 et la partie III, intitulée « Les formes des collectifs électroniques », pp. 343-365).

 

Contre le déterminisme de la technologie qui fonde souvent implicitement ou explicitement les analyses des interactions électroniques et des collectifs qu'elles produisent, cette thèse propose une approche centrée sur les activités des participants. Cette approche praxéologique questionne la nature des textes produits par l'écriture électronique et problématise leur aspect de trace écrite et figée pour les analyser comme des activités d'écriture, caractérisées par une organisation pratique et un développement temporel spécifiques. L'écriture électronique est alors considérée non pas comme un résultat réifié, comme un texte, mais comme une pratique qui, en se déroulant dans le temps, produit un ordre endogène de situations, de relations et de collectifs.

 

Cette approche praxéologique mobilise trois grandes références de la littérature :

 

la sociologie des formes de Georg Simmel pour la distinction entre généralisation et singularité, la sociologie phénoménologique d'Alfred Schutz pour la notion de typification et les travaux ethnométhodologiques pour une conception de l'identité, de la relation et des collectifs comme des accomplissements pratiques. Elle s’appuie aussi sur les travaux de Goffman, en lui empruntant notamment la notion de cadre de participation.

 

Traditionnellement, le domaine des études de la communication médiatisée par ordinateur est balisé par une division du travail qui recouvre fidèlement les clivages entre les moyens de communication. Au regard de cette structuration du champ académique, cette thèse présente une double originalité concernant à la fois le choix des terrains d'enquête (1) et les manières de les analyser (2).

 

(1). Ce travail réunit, pour les étudier ensemble, des données issues de différents dispositifs d'écriture électronique que les recherches traitent d'habitude séparément. La mise en parallèle d'une liste de discussion, d'un forum et de chats s'est avérée extrêmement féconde et a permis de dégager à la fois des fonctionnements spécifiques et des régularités transversales.

 

(2). L'analyse articule systématiquement deux principaux types de données, rarement traités ensemble dans les pratiques de recherche : les interactions telles qu'elles se sont déroulées à l'écran et les descriptions de ces interactions - des relations et des collectifs qu'elles font émerger - produites dans le cadre d'entretiens avec les participants. Elle met ainsi en perspective le déroulement pratique des interactions et leurs descriptions comme deux manières ordinaires de faire sens de la communication sur Internet, permettant de retracer la richesse des activités des participants, des ressources mobilisées, ainsi que l'historicité des liens.

 

Sur ces bases méthodologiques, la thèse produit une analyse de la sociabilité électronique comme articulée aux procédures employées par les participants pour se présenter, pour identifier et manifester des types de liens et des formes d'appartenance à des collectifs. L'analyse montre - de manière transversale aux différents supports étudiés - que les participants s'engagent dans deux principales formes de relation et de collectif, personnelles et impersonnelles. Les premières mobilisent comme ressource l'histoire des relations et un savoir partagé, souvent implicite. Les secondes s'orientent par rapport aux sujets discutés et exploitent des savoirs thématiques. Chaque espace de communication peut être décrit par la prédominance d'un type de relations et de collectif. Alors que les chats se caractérisent par la prégnance des relations personnelles, la liste de discussion apparaît comme support privilégié des relations impersonnelles, bien que ces des types de lien peuvent s'imbriquer dans les différentes pratiques d'écriture. Cette analyse montre la relation entre des pratiques d'écriture spécifiques et des formes d'identité, de relations et de collectifs. La sociabilité électronique apparaît ainsi comme accomplie dans les activités d'écriture des intemautes.

 

Cette thèse élabore donc un mode unifié d'observation et d'analyse des interactions électroniques, synchrones et asynchrones, centré sur les activités d'écriture des participants. Elle met au jour un ensemble de propriétés de ces activités qui permettent de distinguer et de caractériser différentes formes de relation et de collectif : selon la manière dont les participants établissent le réfèrent de leur échange, organisent sa temporalité et son rythme, selon les modes de catégorisation des personnages et des liens, selon les types de compétences mobilisées. D'une part, ce mode d'analyse propose des moyens pour l'étude empirique systématique des formes des interactions électroniques. D'autre part, il désubstantifie les interfaces de communication et permet d'observer comment leur sens est pratiquement constitué par les manières d'interagir sur intemet, c'est-à-dire de participer à des formes de relation et de collectif.

 

Cette analyse praxéologique interroge ainsi trois idées reçues sur la communication sur intemet.

 

Il est coutumier de considérer que les protagonistes des échanges électroniques s'attribuent des identités éphémères et fluctuantes. Cependant, ceci ne vaut que pour le stade initial des interactions, et l'analyse montre comment les interlocuteurs élaborent des identités stables pour fonder des relations durables sur le réseau.

 

De même, cette recherche indique que les collectifs électroniques sont autre chose que des individus connectés en réseau. La connexion sur Internet n'assure donc pas en elle-même l'intégration à des collectifs, comme le prétendent les discours promotionnels, relayés par certaines études des « communautés virtuelles ».

 

L'enquête empirique montre, au contraire, que participer à ces dernières, c'est constituer, partager et manifester un savoir allant-de-soi et une histoire commune. Autrement dit, les collectifs électroniques n'émergent que dans l'organisation concrète des activités qui les font exister et qui manifestent, dans leur déroulement temporel, la participation à différentes formes de généralité et de savoir partage, ou la constitution de rythmes et de temporalités spécifiques.

 

Ces observations battent en brèche les conceptions qui présentent Internet comme un espace d'échange libre et ouvert aux rencontres de différences. Il en ressort que, pour rendre compte de cet environnement, il convient de décrire les interactions électroniques indépendamment de modèles idéaux (tels que les échanges thématiquement structurés et la conversation en face à face), par rapport auxquels elles feraient figure de modes de communication appauvris. Cette recherche a ainsi montré que la communication sur internet ne se réduit pas à rechange de contenus. En conséquence, les méthodes d'analyse de contenu manquent la dimension centrale de cette pratique : sa structure temporelle.

 

La démarche praxéologique suivie au cours de cette enquête indique donc que les pratiques de communication et la consommation des médias ne peuvent pas être élucidées de manière satisfaisante par la seule analyse des contenus échangés. Pour en rendre compte, il convient de s intéresser aux activités des participants, en tant qu'elles déterminent des situations, c'est-à-dire qu'elles proposent d'entretenir un. rapport particulier aux contenus, aux protagonistes de rechange et aux outils de communication.

 

Cette thèse montre donc que les activités d'écriture électronique méritent d'être étudiées pour elles-mêmes, afin d'élucider comment elles engagent ceux qui entendent y participer à produire activement leurs identités, leurs relations et des collectifs, c'est-à-dire à constituer internet comme un média de communication.

EHESS
CNRS

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