CECI n'est pas EXECUTE cems : Axe 1 – CEMS

Axe 1 – CEMS

1. Mouvements sociaux et espace démocratique

Les recherches qui s’inscrivent dans la première branche des activités du laboratoire s’intéresseront aux mouvements sociaux qui expriment, sous de multiples modalités, des revendications en faveur de la démocratie – que ce soit dans le cadre de régimes autoritaires ou dans celui de régimes démocratiques. Elles viseront d’une part à analyser les « enquêtes » qui constituent le travail politique que les membres d’une société accomplissent pour former une collectivité (constitution des problèmes publics, formulation des revendications pour la démocratie, organisation des mobilisations et de la participation, etc.), en considérant la place qu’y tiennent les phénomènes de « catégorisation » et de « factualisation » ; et d’autre part, à décrire la manière dont les formes modernes de publicisation de l’information et des représentations sociales (médias, séries télévisées, internet, réseaux sociaux, conceptions du politique) contribuent aux transformations qui affectent l’organisation de ce travail. La spécificité de ces recherches est de privilégier le travail de terrain de nature ethnographique, en s’intéressant aux activités concrètes des acteurs, aux modes de raisonnement ordinaire et à la structure de l’expérience engagés dans ce qu’on peut nommer la production continue du « public » et celle d’un monde commun. Ce qui définit un cadre de comparaison à l’intérieur duquel une réflexion collective s’engagera dans le cadre du séminaire de laboratoire. Un des thèmes de cette réflexion est la manière dont les pratiques politiques assurent leur « autoréflexivité », c’est-à-dire dépendent à la fois des conditions de réalisation de leur intelligibilité et des capacités mises en œuvre par l’ensemble des individus pris dans ces pratiques, à reconnaître et à questionner, à partir de l’examen de situations et d’événements concrets, le fondement des valeurs et la pertinence des principes qui participent à l’organisation normative de la société. Une des pistes de travail suivie dans cette réflexion consistera à mettre en évidence les « structures cognitives » engagées dans l’organisation de cette autoréflexivité, dans un souci (déjà bien pris en charge au sein du CEMS) d’apporter une contribution empirique au débat contemporain autour du rapport entre sciences sociales et sciences cognitives.

1.1–Espace
 public
 démocratique 
et 
information

L’espace public démocratique suppose une organisation de la visibilité et de la publicité des termes et enjeux des débats sur des thèmes d’intérêt général. Cette organisation est une élaboration collective à laquelle participent à la fois les professionnels et les experts de l’action publique et les citoyens ordinaires. Un de ses points sensibles est donc le statut, la nature et le partage de l’information rendue disponible pour prendre des décisions engageant la collectivité. Une série de travaux porteront sur ce point, qui ne se réduit pas à la question de la liberté de l’information, mais aussi bien à celle de sa production (telle qu’elle est réalisée par les systèmes d’information administratifs) et de sa diffusion (dans des questions sensibles, comme celles du nucléaire, des polluants, de la production pharmaceutique, etc.).

1.1.a – Les conditions de formation du jugement critique

Un des traits marquants des formes modernes d’exercice du pouvoir est l’importance accordée à la description chiffrée produite par les systèmes d’information administratifs dans l’organisation de l’activité de gouvernement et dans la mise en œuvre des politiques publiques. Le souci d’objectivation de la décision politique est paradoxal, car si le recours à la quantification de l’action publique offre le moyen de donner un fondement indiscutable aux décisions politiques et de susciter l’assentiment du public, il confère aux experts et aux professionnels du chiffre une position déterminante dans la mesure où, dans le cadre technique et informatisé contemporain, la production statistique fixe en grande partie la définition des problèmes publics et la manière « rationnelle » de les traiter, en entravant la capacité critique des citoyens et, parfois, celle de leurs représentants, voire celle de leurs gouvernants. Tel est le paradoxe qu’Albert Ogien ambitionne d’analyser, en se demandant comment le recours à la quantification (et le type d’information qu’elle fournit) modifie sur un mode purement technique, les formes de l’exercice du pouvoir et les pratiques de la démocratie. Le travail empirique s’intéressera précisément aux procédures de l’évaluation, telles qu’elles s’appliquent dans les administrations d’État et les services publics.

Claude Rosental poursuivra ses analyses sur la manière dont l’information est présentée dans le cadre de démonstrations publiques de technologie. Au-delà de leur visée propre – apporter la preuve emportant la conviction sur une question examinée – ces démonstrations servent également d’outils de gestion de projets, d’instruments de recueil d’informations au sujet des destinataires de la démonstration, etc. D’où la question de savoir ce qu’engage et produit le travail des démonstrations publiques et leur diffusion dans tous les secteurs d’activité de la société. Les analyses empiriques menées sur différents types de démonstrations publiques visent à mettre en évidence une série de questions relatives aux enjeux sociaux et politiques contenues dans le recours à la technique lorsqu’il participe de la délibération publique ; et en particulier celle de savoir si elles peuvent conduire à parler d’une démo-cratie, terme forgé pour faire allusion au pouvoir que se construisent les démonstrateurs habiles – notamment en matière de sélection des épreuves qui donnent des résultats probants et servent à taire les autres ?

Sous la notion de « gouvernement de la critique », Sezin Topçu aborde l’étude de la manière dont la promotion d’innovations techniques ayant un fort impact social (en particulier les OGM, les nanotechnologies, la biologie de synthèse et les technologies de surveillance dont la biométrie) et la contestation de l’opportunité et des dangers sociaux de ces innovations peuvent constituer les deux faces liées entre elles de l’action politique en démocratie. Les recherches qu’elle entend développer viseront à examiner les modalités sous lesquelles des techniques controversées acquièrent une acceptabilité sociale, à l’exemple de ce qui est arrivé avec l’industrie nucléaire ou les OGM. Le problème est de savoir comment une innovation complexe, globalisée, faisant l’objet de controverses intercontinentales et de conflits interétatiques fait émerger des mouvements sociaux, transforme l’espace public, et restructure la critique sociale, tout en se rendant « robuste » et « gouvernable » grâce (et en réponse) à cette même critique. Et comment, parallèlement, la critique est elle-même modelée par l’action publique effectivement mise en application, ce qui la conduit à proposer des cadrages ajustés au fil du temps pour concevoir cette innovation, sur des modes différents, au filtre des actions qu’elle parvient à organiser ? Dans une même veine, Alain Bovet poursuivra sa recherche en cours sur les processus de (dé)politisation des nanotechnologies en France et au Royaume- Uni. Il s’attachera également à étudier les pratiques discursives de délibération politique mises en œuvre dans ces processus de (dé)politisation, notamment dans l’espace public suisse.

1.1.b Travail, politiques sociales

La question du rapport entre citoyenneté et disponibilité de l’information se trouve également au cœur des choix collectifs qui président à la définition des politiques sociales qui contribuent à assurer à chacun une place égale dans la société. Anne-Marie Guillemard poursuivra ses recherches sur les réformes de la protection sociale et leur impact sur la citoyenneté, sur la gestion des âges dans les entreprises et dans les politiques publiques, sur la recomposition des temps de la vie, les rapports et notamment sur les politiques de prolongation de la durée d’activité dans les différents pays d’Europe. R. Castel poursuivra l’étude des transformations socio-économiques de la société et en particulier des ambiguïtés de la promotion de l’individu dans notre modernité tardive. Il s’attachera en particulier à examiner la transformation des politiques sociales en « politiques de l’individu ». Cette promotion de l’individu est également au cœur des mutations de l’emploi caractérisées par l’effacement des collectifs d’appartenance au profit d’un processus d’individuation de sujets au travail censés être responsables et capables. Isabelle Astier abordera cette question à travers l’injonction qui est faite, à travers les politiques de l’emploi, aux travailleurs de devenir « entrepreneur de soi ».

EHESS
CNRS

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