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La transaction émotionnelle comme unité d'action

Une méthodologie pour l'étude des émotions situées

19 novembre 2013 Soutenance de Martin Aranguren

La soutenance de la thèse de Martin Aranguren :

 

La transaction émotionnelle comme unité d’action : Une méthodologie pour l’étude des émotions situées.

 

se déroulera le mardi 19 novembre 2013, à partir de 14h, en salle 638,

190-198, Av. de France, 75013 Paris.

 

 

Composition du jury

  • Daniel Cefaï, directeur d’études à l’EHESS (CEMS-IMM).
  • Pierre Livet (pré-rapporteur), professeur émérite (Université de Provence. CEPERC).
  • Patricia Paperman (pré-rapporteuse), professeure (Université de Paris VIII. Département de science politique).
  • Louis Quéré (directeur de thèse), directeur de recherche émérite au CNRS (CEMS-IMM).
  • Bernard Rimé, professeur (Université de Louvain. Faculté de psychologie).
  • Stéphane Tonnelat, chargé de recherche au CNRS (New York University. CIRHUS).
  • Julia Velkovska, chercheure en sociologie (Orange Labs. SENSe).

 

Présentation de la thèse

Résumé de la thèse (court)

Le sociologue de terrain se heurte inévitablement à des émotions au cours de ses enquêtes. Cependant, il ne dispose pas d’une méthodologie spécifique pour les décrire et pour les analyser. Cette absence se transmute facilement en désintérêt, comme si les émotions étaient accessoires aux faits sociaux observés. L’objectif de la thèse est de construire une méthodologie pour étudier les émotions situées, conceptualisées comme des transactions distinctes entre un agent et son environnement. Cette méthodologie est élaborée à travers deux études, l’une sur les usages problématiques d’une interface vocale, l’autre sur les interactions non verbales dans le métro de Paris. Les résultats de ces études sont enfin mobilisés pour montrer que des transactions émotionnelles précises sont au cœur de la confiance et de la sanction en tant que processus sociaux.

 

 

Résumé de la thèse

L’objectif principal de la thèse est de développer une méthodologie pour l’étude des émotions à partir de l’analyse du comportement en situation naturelle. L’enquête de terrain montre que les notions sociologiques de base, allant de la solidarité au conflit en passant par le prestige, font référence à des phénomènes souvent marqués d’une qualité émotionnelle. Pourtant, le sociologue de terrain ne dispose pas d’une méthodologie pour rendre compte des émotions situées auxquelles il se heurte. La thèse est que les émotions situées sont des transactions émotionnelles, et que ces transactions constituent des unités d’action distinctes.

La première partie définit la transaction émotionnelle comme le développement socialement structuré d’une tendance à l’action. La définition s’appuie sur la notion pragmatiste de transaction, sur la théorie appraisal des émotions et sur l’approche « transactionnaliste » des phénomènes affectifs. 

La deuxième partie élabore la méthodologie visée à travers deux études. Cette méthodologie combine trois éléments : l’observation naturaliste assistée par des techniques d’enregistrement audiovisuel ; l’usage combiné de descriptions par conséquence (par « but ») et de descriptions physiques (par contraction musculaire) ; l’analyse séquentielle par ordinateur complétée par la perception de configurations de comportement.

La première étude porte sur les émotions dans les usages problématiques d’une interface vocale téléphonique. L’application de la méthodologie révèle que les émotions des appelants sont socialement structurées (à la manière d’un « échange » goffmanien) même si leur réalisation n’est pas socialement située.

La seconde étude est consacrée aux émotions dans les interactions non verbales dans le métro de Paris. Cette deuxième application de la méthodologie fait intervenir le codage objectif de l’activité faciale des voyageurs à partir d’enregistrements vidéo. Elle met en évidence que la réparation et le mépris sont, dans le métro, deux modes alternatifs de gestion des violations territoriales dues au contact physique. Elle montre aussi que les voyageurs ne s’habituent pas au contact physique.

La troisième partie met en dialogue les descriptions obtenues par cette méthodologie et des théories sociologiques existantes. D’une part, la théorie de la confiance de Luhmann, notamment la notion de la trahison, est revisitée. La trahison est reconceptualisée comme une transaction émotionnelle opérant le passage de la confiance à la défiance. D’autre part, la théorie de la sanction de Durkheim est réinterprétée de manière à admettre, à côté de la punition, une fonction réparatrice. La sanction diffuse est reconceptualisée comme une transaction émotionnelle pouvant se développer de la réparation vers la punition.

L’étude de la normativité peut ainsi bénéficier de l’analyse des émotions préconisée par cette méthodologie. Les émotions peuvent être individuelles sans être privées ou inaccessibles. Si les émotions de plusieurs agents s’imbriquent dans une structure séquentielle unique, elles peuvent passer du niveau individuel au niveau interpersonnel ou collectif.

EHESS
CNRS

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