CECI n'est pas EXECUTE cems : Une introduction à l'ethnométhodologie

Une introduction à l'ethnométhodologie

♦ Michel Barthélémy, chargé de recherche au CNRS ( IMM-CEMS )

♦ Baudouin Dupret, directeur de recherche au CNRS (TH) ( Hors EHESS )

♦ Yaël Kreplak, postdoctorante (Labex CAP & CEMS – IMM/EHESS) ( IMM )

♦ Barbara Olszewska, maîtresse de conférences à l'UTC Compiègne ( Hors EHESS )

♦ Julia Velkovska, chercheure au Laboratoire des sciences sociales (SENSE), Orange Labs ( Hors EHESS )

Dates et lieu

2e vendredi du mois de 14 h à 17 h (salle 1, RdC, bât. Le France, 190-198 av de France 75013 Paris), du 9 octobre 2015 au 10 juin 2016.
La séance du 9 octobre est reportée au 16 octobre (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris).

Présentation du séminaire

Cette année, le séminaire vise à donner un aperçu assez complet des différentes méthodes d’enquête qui se sont développées au sein de l’ethnométhodologie, sous l’impulsion initiale de ses fondateurs : Harold Garfinkel et Harvey Sacks. L’orientation propre à ce courant de recherches est largement redevable à Garfinkel : sa découverte d’une voie négligée de la pensée de Durkheim, qui considère l’objectivité des faits sociaux comme le phénomène fondamental de la sociologie, a donné corps à l’ethnométhodologie en tant que telle. Sacks, quant à lui, à partir de l'analyse de la catégorisation et l’analyse conversationnelle qu’il a initiées, a introduit des dispositifs permettant l’analyse rigoureuse des phénomènes qui sont au cœur de l’analyse sociologique, à savoir l’action sociale et l’ordre social, dès lors qu’ils sont appréhendés dans leur milieu d'occurrence naturel, à partir des activités de la vie courante de ses membres et comme un produit de celles-ci.

Chaque séance de ce séminaire est conçue comme une porte d’entrée à l’approche ethnométhodologique, c’est-à-dire à l’examen des méthodes empiriques et culturelles par lesquelles les membres d’une société font précisément société. Au fil de l’année, nous aborderons en détail quelques-unes des principales procédures qui sont au cœur du programme ethnométhodologique : la respécification, l’analyse des catégorisations d’appartenance, l’analyse conversationnelle, l’analyse du raisonnement. En articulant un travail de lecture de textes fondateurs à la présentation de recherches en cours, le séminaire voudrait se constituer à la fois comme un espace de formation à l’ethnométhodologie et d’introduction à ses différents courants, et comme un espace de discussion visant à identifier la place de l’ethnométhodologie dans le paysage des sciences sociales aujourd’hui.

♦ Suivi et validation pour le master : Bi/mensuel annuel (24 h = 6 ECTS)

♦ Renseignements : contact les enseignants par courriel.

♦ Direction de travaux d'étudiants : sur rendez-vous.

♦ Réception : prendre rendez-vous par courriel auprès de Michel Barthélémy ou Baudouin Dupret.

♦ Niveau requis : master.

♦ Adresse(s) électronique(s) de contact : barth(at)ehess.fr, baudouin.dupret(at)cjb.ma, yael.kreplak(at)gmail.com, julia.velkovska(at)orange.com

♦ Page liée sur le site de l'EHESS : http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2015/ue/200/

 

Programme du séminaire

► 16 octobre 2015 : Propos introductifs sur l’EM et les notions d’ordre et de normativité – par Baudouin Dupret

L’ethnométhodologie est l’étude des manières (les "méthodes" du terme "ethnométhodologie") par lesquelles les gens (les membres d’un groupe, d’une "ethnie" quelconque, l’ "ethno" de l’ "ethnométhodologie") prêtent un sens à leur monde d’action, s’orientent vers ce monde et le pratiquent quotidiennement et routinièrement. Il s’agit d’un contre-point radical à la perspective de Parsons et, entre autres, à  l’idée que : la modélisation des cours d’action puisse être une façon pertinente d’étudier empiriquement l’activité sociale ; les normes et les règles puissent constituer des facteurs contraignant strictement la conduite des gens. L’ethnométhodologie conçoit les faits sociaux comme des accomplissements pratiques pouvant être rapportés dans chaque cas concret à une production autochtone d’ordre, effectuée localement, générée collaborativement et descriptible dans le langage naturel. Ceci suppose que l’analyse répudie la recherche de critères extérieurs à l’établissement de la vérité et de l’intelligibilité (le discours sur la méthode de la sociologie) et ne s’intéresse plus qu’au raisonnement sociologique pratique.
Cette séance introductive portera sur les fondements de la démarche ethnométhodologique et abordera certaines de ses notions centrales : accountability, méthode documentaire d’interprétation, indexicalité, réflexivité, description, indifférence, respécification. Elle présentera aussi brièvement les développements que sont l’analyse de conversation, l’analyse de catégorisation, l’étude ethnométhodologique du travail et l’analyse du raisonnement pratique. Des situations "véridictionnelles" observées et décrites dans divers contextes arabophones serviront d’illustration au propos.

 
► 13 novembre 2015 : Raisonnement pratique (I) – par Baudoin Dupret

L’ethnométhodologie s’intéresse aux "procédures par lesquelles les acteurs analysent les circonstances dans lesquelles ils se trouvent et conçoivent et mettent en œuvre des modes d’action" (Heritage, 1984 : 9). Ainsi retrouve-t-on au cœur même de la démarche ethnométhodologique la question de la cognition et du raisonnement, envisagés toutefois d’une manière totalement praxéologique et non cognitiviste. Cette ligne d’analyse traverse l’ethnométhodologie, depuis sa conception et son inspiration phénoménologiques – il n’est que de citer l’importance de Schütz et de sa "sociologisation" de la philosophie de Husserl – jusqu’à ses développements récents, dans l’analyse des pratiques cognitives engagées dans le travail scientifique, dans les jeux, en droit, dans les productions médiatiques, etc. Elle trouve en outre dans la philosophie du second Wittgenstein un ancrage particulièrement solide, qui permet de saisir de manière clairvoyante (perspicuous) le déploiement de grammaires pratiques d’intelligence et d’action, c’est-à-dire les modes d’appréhension, de combinaison et d’usage de ces éléments qui permettent à des personnes de faire sens d’une situation et d’agir à toutes fins pratiques.

Les séances du séminaire portant sur le raisonnement seront consacrées, d’une part, à la lecture de certains textes, classiques comme ceux de Cicourel, Sudnow et Pollner, ou plus récents, comme ceux de Lynch, Matoesian et Livingston. Elles s’attacheront, d’autre part, à l’étude empiriquement documentée du raisonnement pratique engagé dans des opérations de jugement, qu’ils soient ordinaires ou spécialisés : esthétique, judiciaire, psychiatrique, moral, religieux.


 
11 décembre 2015 : Respécification (I) – par Philippe Sormani

Le principe de respécification se trouve au cœur du programme ethnométhodologique et de son ambition de développer une sociologie "alternative", radicalement orientée vers la description des contingences pratiques des activités. La particularité de l’approche ethnométhodologique tient en effet à la nature des phénomènes qu’elle se donne à décrire, à savoir les phénomènes « radicaux », au sens que Garfinkel a donné à ce terme : "For the time being I’ll use radical to mean what more, other, different, ignored, yet identifying, unremarkable, and not available to the most thoughtful, technical, careful methods in classic studies with which to bring them under examination" (Garfinkel, 2002 : 197). Les enquêtes ethnométhodologiques prennent ainsi pour « thème » d’analyse ce qui est considéré ailleurs comme "ressource", pour reprendre la distinction proposée par Zimmerman et Pollner (1970), en relocalisant dans le détail des activités pratiques, des procédures telles que « ordre, objectivité, intelligibilité, méthodicité, rationalité, apparence, réalité, etc. » (Relieu, 1993 : 63).

L’analyse des activités scientifiques, et plus particulièrement celles étudiées par Philippe Sormani dans un laboratoire de physique expérimentale, permettra de discuter les modalités de mise en œuvre et implications du principe de respécification.

♦ Invité : Philippe Sormani (Instituto Svizzero, Rome), autour de son ouvrage Respecifying Lab Ethnography. An Ethnomethodological Study of Experimental Physics (2014)

 

8 janvier 2016 : Respécification (II) – par Michel Barthélémy

Présentation de la séance :
Les structures sociales, le conformisme et le jeu avec la règle comme accomplissement pratique.

Le cas Agnès comme manière de paraître ordinaire sous l’apparence intentionnelle que l’on présente (conformisme et recherche de la règle dans les apparences observables des manières de dire et d’agir en société). Si Agnès "respécifie"  le genre sur la base de l’observation des conduites des membres comme étant le foyer des différences, elle voit davantage la relation entre genre et accomplissement pratique comme une ontologie – c’est parce que le genre est ce qu’il est que les membres sexués se conduisent comme ils le font et se rapportent les uns aux autres de la manière dont ils le font - que comme un phénomène de plein droit. Agnès revendique pour elle-même la distinction genrée qui vaut naturellement pour les autres et dont elle aurait été privée accidentellement. Le cas Agnès est une situation qui permet d’examiner la façon dont les membres s’y prennent dans les détails de leurs activités quotidiennes pour reconnaître et perpétuer l’institué, les formes établies du monde social, soit la culture.

Les "breaching experiments" et le cas de la négociation du prix de produits habituellement (culturellement) non objet d’une négociation (la découverte des possibilités de jeu avec la norme et le caractère modulable de celle-ci).

La question de l’institution, dans son double registre : instituant et institué, sera abordée à travers le cas pratique conçu et examiné par Garfinkel et ses étudiants, soit celui de la négociation du prix et son acceptation situées comme exemple de ce que le caractère socialement intelligible et acceptable d’un rapport économique s’appuie sur une praxis plus que sur une règle établie et décontextualisée. L’accent est donc mis non pas sur un monde commun entre les membres qui serait garanti par des règles et normes connues de tous par la socialisation et mises en pratique lorsque l’occasion appropriée de le faire se présente, mais bien sur les diverses manières de faire monde commun entre des membres qui ont des points de vue différents mais convergent sur le fait qu’ils partagent un même monde et que leur façon intelligible d’agir en commun autour d’un même objet d’attention en est le témoignage et le garant. Les membres peuvent s’attacher pour ce faire à des schèmes culturels familiers qu’ils reproduisent dans le cadre de leur interaction ou bien faire avec l’imprévu et constituer le cours d’action en une activité socialement reconnaissable en dépit même de son caractère inhabituel, en rupture avec le cours d’action attendu, et en instituer un autre par la coproduction des aspects donnant sens à leur agir commun. Soit créer et donner forme à ce qui n’existe pas. La différence entre acte instituant et institué, sera évoquée à travers un exemple tiré de l’écart entre l’activité de recherche et son enseignement académique : l’expérience de Galilée, sa présentation canonique dans les manuels scolaires et la tentative de sa réédition par Garfinkel (2002).

Le fil conducteur de l’examen de toutes ces situations est la recherche des conditions et modalités pratiques par lesquelles les membres assurent la préservation d’un ordre social existant ou bien le mettent à l’épreuve plus ou moins réflexivement. Dans le second exposé, le 8 avril 2016, il s’agira de voir cette conflictualité à l’œuvre dans le cas d’une situation particulière, celle de l’opposition à des projets d’équipements publics, dans une perspective qui tend à renverser cet ordre des choses et à instituer un "commun" à faire prévaloir contre l’action publique conduite sous les auspices de la propriété publique et privée.

 
12 février 2016 : Analyse conversationnelle et ethnométhodologie – par Yaël Kreplak

Le programme de l’analyse conversationnelle (AC), initié sous l’impulsion de Sacks (1992), a émergé dans le prolongement immédiat de celui de l’ethnométhodologie. Focalisé sur la description de la conversation, envisagée comme une forme prototypique d’activité sociale, il vise à mettre au jour les méthodes qui en permettent l’accomplissement ordonné. En se donnant pour objet l’analyse des actions conversationnelles et de leurs propriétés formelles, ces travaux ont apporté une contribution substantielle, aussi bien sur un plan conceptuel, empirique que méthodologique, aux recherches ethnométhodologiques.

Dans la continuité des travaux inauguraux, le programme de recherche de l’AC s’est considérablement étendu. La diversification des phénomènes conversationnels traités est allée de pair avec celle des terrains d’enquête (les settings) et s’est accompagnée d’importantes innovations en termes de méthodes de recueil, de transcription et d’analyse des données.
Ces développements ont parfois été interprétés comme une autonomisation, voire une dissociation, du programme conversationnaliste de ses "fondements ethnométhodologiques" (Lynch 2001). Une série de critiques ont ainsi été formulées, pointant, pour l’essentiel, des tendances à la formalisation et à la technicisation, qui conduiraient à une conception réductionniste du social – alors limité à l’échange interactionnel, voire informationnel –, à la perte de toute base phénoménale, ou encore à une rupture avec les principes mêmes d’une démarche censée rendre compte des préoccupations des membres (Lynch 2001, Widmer 2001, Quéré & Terzi 2012).

Cette séance voudrait revenir sur ces discussions afin d’apporter un éclairage sur la structuration contemporaine de ce domaine de recherche et de réfléchir aux manières d’envisager la complémentarité des perspectives conversationnaliste et ethnométhodologique.
 
Bibliographie indicative :

  • De Fornel M. & Léon J., 2000, "L’analyse de conversation. De l’ethnométhodologie à la linguistique interactionnelle", Histoire, épistémologie et langage, vol. 22, n° 1, 131-155.
  • Greco L., 2015, « Analyse de conversation, anthropologie linguistique et analyse du discours : historiciser les débats, intégrer les approches », Langage et Société, n° 153, 135-154.
  • Gülich E. & Mondada L., 2001, « Konversationsanalyse », Lexikon der Romanistischen Linguistik, G. Holtus et al. dir., vol. I, t. 2, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 196-250 [en français].
  • Heritage J., 2013, « Action formation and its epistemics (and other) backgrounds », Discourse Studies, 15/5, 551-578.
  • Lynch Michael, 2001, « Les fondements ethnométhodologiques de l’analyse de conversation » in L’Ethnométhodologie. Une sociologie radicale, M. De Fornel, A. Ogien et L. Quéré dir., Paris, La Découverte, 259-274.
  • Quéré L. & Terzi C., 2012 [2011], « Ethnométhodologie : un tournant problématique », [en ligne] Occasional Papers du CEMS-IMM, n° 13, [http://cems.ehess.fr/index.php? 2685].
  • Sacks H., 1992, Lectures on Conversation, Oxford, Blackwell.
  • Schegloff E., 2007, Sequence Organization in Interaction: A Primer in Conversation Analysis, Cambridge, Cambridge University Press (2 vol.).
  • Widmer J., 2001, « Catégorisation, tour de parole et sociologie », in L’Ethnométhodologie. Une sociologie radicale, M. De Fornel, A. Ogien et L. Quéré dir., Paris, La Découverte, 207-238.

 

11 mars 2016 L’analyse de la catégorisation – par Julia Velkovska

L’objectif de la séance est de présenter l’analyse des catégorisations d’appartenance (Membership Categorization Analysis) élaborée par Harvey Sacks à la fois comme une perspective analytique au sein de l’ethnométhodologie et comme une manière particulière de faire de la sociologie. Dans un premier temps je présenterai les principaux concepts de cette approche : les dispositifs et les collections de catégories, les règles d’application, la pertinence conditionnelle, les paires relationnelles standardisées, les activités liées à des catégories. Dans un deuxième temps je discuterai les apports de l’analyse des catégorisations pour des questions sociologiques classiques, telles que la production du sens à travers des pratiques de classement ; l’économie morale des actions pratiques (Jayyusi 2010) ; la constitution des identités et des collectifs ; la production de descriptions de la réalité, notamment médiatiques (Eglin & Hester 2003) ou encore la sociologie des émotions (ibid.). En conclusion, je m’arrêterai sur quelques développements très récents du domaine (Fitzgerald & Housley 2015, Greco & al. 2014).

Pour préparer la séance, la lecture d’un ou plusieurs textes dont les auteurs sont soulignés est fortement conseillée. Ces textes peuvent être envoyés par email sur demande à julia.velkovska@orange.com.

Bibliographie indicative

  • Bonu, B., Mondada, L., Relieu, M. (1994) « Catégorisation : L’approche de H. Sacks » in Fradin, B., Quéré, L. et Widmer J., L’enquête sur les catégories , Paris, EHESS, coll. Raisons pratiques 5: 129-148.
  • Barthélemy, M. (1999) « La lecture en action : entre le présupposé d’un monde objectif et son accomplissement situé », Langage et société, 89 : 95-121.
  • Dupret, B. (2011) Practices of truth: An ethnomethodological inquiry into Arab contexts, Amsterdam, John Benjamins, 2011.
  • Dupret, B. (2006) Le Jugement en action. Ethnométhodologie du droit, de la morale et de la justice en Egypte, Genève, Librairie Droz.
  • Eglin, P. & Hester, S. (2003) « Conclusion : Ethnomethodology, Moral Order, and Membership Categorization Analysis » in Eglin, P. & Hester S. (2003). The Montreal Massacre. A Story of Membership Categorization Analysis, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press: 125-134
  • Eglin, P. & Hester S. (2003). The Montreal Massacre. A Story of Membership Categorization Analysis, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press.
  • Fitzgerald, R. & Housley, W. (2015), Advances in Membership Categorisation Analysis, London, Sage Publications.
  • Greco, L., Mondada, L. & Renaud, P. (eds.) (2014) Identités en interaction, Limoges, Lambert Lucas.
  • Jayyusi, L. (2010). Catégorisation et ordre moral. Paris, Economica.
  • Sacks, H. (1967) « The search for help : no one to turn to » in E. Schneidman Essays in self-destruction, International Science Press: 203-223.
  • Sacks, H. (1974) « On the analysability of stories by children » in R. Turner (ed.) Ethnomethodology, Harmondsworth, Penguin: 216-232.
     

18 mars 2016 : Garfinkel’s studies of work program – par Michael Lynch

In the early 1970s, Harold Garfinkel launched a research program that would focus on work. Such work was not limited to on-the-job performances in specific occupations or professions. Although it included labor practices associated with particular organizations and occupations, it also encompassed the work of driving in traffic, queuing for a service, and other everyday practices. “Work” thus was salient in at least two ways: first, as a reference to occupational, professional, and organized recreational activities, and second as a reference to the practical accomplishment of a broad range of what Garfinkel called “naturally organized ordinary activities.” This presentation focuses on both aspects of such studies of work: the study of specialized organizational activities and the study of everyday activities. In addition to reviewing the studies of work program and tracing its influence in fields such as science and technology studies (STS) and computer supported cooperative work (CSCW), the presentation focuses on distinctive themes, such as “the unique adequacy requirement of methods” and the constitutive role of “instructed actions” in the production of social order. Finally, it discusses practical and professional implications of Garfinkel’s proposal for the development of “hybrid” fields that would integrate ethnomethodology with the practices studied.

 

8 avril 2016 : Les « catégories révolutionnaires » (Sacks) – par Michel Barthélémy 

Le « commun » : une catégorie d’action politique révolutionnaire

Comment un mode de description (account) fait-il apparaître des choses et en rend-il d’autres invisibles ou illégitimes. L’usage de la catégorie concept « commun » donne un appui pour rassembler une variété de situations, de phénomènes sous une logique d’enchaînement causal qui permet son évaluation, sa critique et la recherche d’une alternative préférée. Avec l’entrée en scène du « commun », c’est le capitalisme contemporain qui se voit placé sur la sellette, les actions de ses défenseurs et les effets de leurs actions rendus observables et descriptibles. Le commun s’oppose aux principes (de domination et de dépossession) sur lesquels se fonde le capitalisme. En ce sens, ses propres principes servent à ses promoteurs d’appui pour échafauder des projets de vie en société et des formes d’action collective et de rapport au pouvoir qui se veulent alternatifs à ceux qui découlent du capitalisme, de la propriété privée, et veulent apparaître comme une réponse globale appropriée aux problèmes engendrés par le fonctionnement des sociétés sous l’égide du principe antagoniste. Nous examinerons à cette occasion la manière dont les ZAD et les zadistes sont décrits et leurs actions évaluées par différentes parties prenantes relayées par les médias ou dans les réseaux sociaux.  Tout l’enjeu est justement de rendre compte des formes de description appropriées, au sens où ce sont celles par lesquelles les acteurs donnent sens public à leur action en tant qu’action politique au sein d’une démocratie existante ou dont ils appellent l’instauration de leurs vœux et que leur action a vocation de contribuer à l’avènement ou au renforcement en favorisant un changement institutionnel. Ainsi les mêmes acteurs peuvent-ils être décrits comme des voyous, des perturbateurs par des non-membres hostiles à leur mouvement et eux-mêmes s’identifier sous d’autres termes plus en phase avec le sens qu’ils entendent donner à leur action et faire reconnaître par les membres de la collectivité élargie à laquelle ils appartiennent. Il n’est pas anecdotique de s’attacher à la description en contexte opaque, ou description endogène par les acteurs de leur action et de sa motivation, si l’on veut s’efforcer de comprendre la portée que celle-ci a ou voudrait avoir dans l’environnement où elle se produit, et les réactions qu’elle suscite.

 

13 mai 2016 : Raisonnement pratique (II) – L’analyse du raisonnement : les usages du temps en droit – par Baudouin Dupret

L’objectivité des faits sociaux est, d’un point de vue praxéologique, le produit, dans le chef des gens engagés dans un cours d’action donné, d’une thématisation qui s’organise d’une manière contrainte par les conditions, le contexte et les fins de sa production, ce que l’on pourrait appeler sa grammaire pratique. La documentation du passé de référence procède par la mise en abîme objectivante de la biographie du fait, de l’événement ou de l’objet en question. Le présent organise le passé de référence à l’intérieur d’une structure de pertinence.
 
La sociologie praxéologique démonte les mécanismes endogènes de production de sens et d’accomplissement ordonné de l’action. Elle respécifie l’aphorisme de Durkheim en vertu duquel la réalité objective des faits sociaux constitue le principe fondamental de la sociologie, l’objectivité devant être prise comme une orientation épistémique des gens et non comme le point de vue surplombant des sciences sociales. Dans le domaine juridique, la sociologie praxéologique suit une démarche analytique qui, plutôt que de se saisir du droit comme point de départ d’une montée en généralité à propos de la structure sociale et des rapports de force, vise à rendre compte des modalités de sa création, de son interprétation, de ses usages et de son application, en contexte et en action.
 
Le reproche a souvent été fait à la sociologie praxéologique, entre autres juridique, d’être microsociologique et, de ce fait, de ne pas être en mesure d’appréhender le contexte au sens large, et principalement le facteur historique. Nous voudrions montrer que cette critique ne résiste pas à l’épreuve d’une évaluation sur pièce. La sociologie praxéologique du droit ne relève en rien de l’ordre du « micro ». Les pertinences macrosociologiques y trouvent pleinement leur place dès lors qu’elles sont l’objet d’orientations descriptibles et justifiables de la part des gens considérés. La temporalité historique en est donc partie intégrante, à la condition toutefois qu’elle résulte de pertinences émergentes pour les gens engagés dans un cours d’action donné et non de suppositions propres au sociologue.
 
Dans cette contribution, nous voudrions traiter de la thématisation par le droit de sa dimension temporelle. Pour ce faire, nous commencerons par examiner la notion de grammaire pratique telle qu’elle peut être décrite à propos du droit. Dans un deuxième temps, nous analyserons le déploiement de cette grammaire au-delà des situations de coprésence, ce qui nous amènera à traiter du fonctionnement réticulaire et dialogique du droit. Dans un troisième temps, nous traiterons spécifiquement de la place que le temps et l’histoire peuvent occuper dans une telle démarche.
 
A chaque étape, nous produirons un matériau législatif et judiciaire permettant d’appuyer notre démonstration. Il s’agit, plus précisément, d’extraits de débats parlementaires, de décisions de justice et d’actes de procédure relatifs au droit égyptien de la famille. Nous verrons entre autres comment un réseau d’instances législatives et judiciaires et l’historicité de leur action sont objectivés de manière endogène par les gens impliqués dans ce cours d’action.

 

10 juin 2016 : Ethnométhodologie et ethnographie – par Julia Velkovska et Yaël Kreplak

Focalisée sur l’exploration des relations entre ethnométhodologie et ethnographie, l’objectif de cette séance sera de discuter les spécificités de la démarche d’enquête ethnométhodologique. Cette dernière se trouve en effet souvent réduite aux particularités de son usage de la vidéo ou de sa pratique de la transcription, saluée (ou critiquée) pour son sens du détail, ou encore, plus largement, considérée comme une méthode, parmi d’autres, pour faire de l’ethnographie.
Or s’il existe bien des airs de famille avec un ensemble de démarches qui revendiquent également le souci d’observer et de rendre compte de l’action telle qu’elle se fait, ces dernières ne partagent néanmoins pas la posture proprement internaliste qui serait caractéristique de l’ethnométhodologie. Plus exactement, il semblerait, dans ces démarches, que l’épreuve de la présence du chercheur dans les situations étudiées soit tenue comme suffisante pour « voir l’action » et suspende en quelque sorte la nécessité d’expliciter les règles qui président aux descriptions produites.

Cette différence apparaît par exemple très clairement dans les usages distincts qui peuvent être faits des données vidéo : tandis que dans le cas du film ethnographique et de la sociologie visuelle, la vidéo a davantage un statut d’illustration, à la manière d’un extrait d’entretien, pour faire travailler une configuration conceptuelle, dans le film de recherche ethnométhodologique, elle constitue une ressource analytique pour comprendre l’action et découvrir la manière dont elle s’organise en situation. Cet usage de la vidéo est ainsi indissociable d’une théorie procédurale de l’action en tant qu’irrémédiablement située, temporelle et incarnée dans un environnement. Et ces données sont indissociables d’un corpus de textes (transcriptions, analyses) mettant en œuvre des principes d’enquête précis, parmi lesquels on pourra mentionner la compétence de membre, le principe d’adéquation unique ou encore le principe dit d’indifférence ethnométhodologique.

C’est à la discussion de ces principes que sera consacrée la séance, qui s’appuiera sur un ensemble de textes classiques les ayant formulé et sur la présentation de recherches les mettant en œuvre, afin d’apporter des éléments de réponse à la question suivante : si l’on admet l’idée que la démarche ethnométhodologique ne s’intéresse pas aux mêmes phénomènes que les ethnographiques « classiques », comment s’y prend-elle pour faire apparaître ces phénomènes nouveaux ?
 
Bibliographie indicative :

  • Emerson R. (2003), « Le travail de terrain comme activité d’observation. Perspectives ethnométhodologiques et interactionnistes », L’Enquête de terrain, D. Céfaï dir., Paris, La Découverte, 393-424.
  • Heath C. et Hindmarsh J. (2002), « Analysing Interaction: Video, Ethnography and Situated Conduct », Qualitative Research in Action, T. May éd., Londres, Sage, 99-121.
  • Maynard D. (2003), « Conversation Analysis and Ethnography: What is the Context of an Utterance », Bad News, Good News. Conversational Order in Everyday Talk and Clinical Settings, Chicago, Chicago University Press, 64-87.
  • Moerman M. (1988), Talking Culture. Ethnography and Conversation Analysis, Philadelphie, University of Pennsylvania Press.
  • Pollner M. & Emerson R. (2002), « Ethnomethodology and Ethnography », Handbook of Ethnography, P. Atkinson et al. dir., Londres, Sage, 118-135.
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