CECI n'est pas EXECUTE cems : OP16 / Communication animale et communication humaine. Une alternative au mentalisme

OP16 / Communication animale et communication humaine. Une alternative au mentalisme

Ce texte a été présenté au Colloque du GRIS, à Belo Horizonte (Brésil) le 21 octobre 2014

Communication animale et communication humaine. Une alternative au mentalisme

Louis Quéré

Comme on le sait, les sciences cognitives et les neurosciences ont connu un développement fulgurant ces dernières décennies. Les processus neuronaux sous-tendant la communication ne leur ont pas échappé. Une de leurs spéculations porte sur le « cerveau social », c’est-à-dire sur l’idée (qui n’a d’ailleurs rien d’extravagant) que le cerveau humain aurait évolué, en taille et en complexité, pour résoudre les problèmes soulevés par la coexistence dans de grands groupes, dont la vie est réglée par des systèmes complexes de rapports sociaux (Clément & Kaufmann, 2010). Une des conjectures en vogue est que la communication mobiliserait des traitements cognitifs spécifiques, réalisés par des modules spécialisés dans l’organisation et la régulation des échanges sociaux, par exemple dans l’identification du statut social, de la position dans une hiérarchie, de liens de parenté, d’une appartenance de groupe, ou du type de règle qui s’applique à une situation donnée. Les défenseurs d’une telle approche pensent qu’une « neuro-sociologie », calquée sur la neuro-économie, aiderait à la compréhension de la communication sociale ; elle permettrait notamment de rendre compte, en termes de « pré-câblage » de l’esprit humain, de l’équipement neuronal et cognitif qu’elle requiert : « Le "social" est censé désigner un domaine ontologique spécifique que des mécanismes "cognitifs" de détection et de prédiction, dûment sélectionnés par la phylogénèse et enrichis par l’ontogenèse, seraient prêts à saisir et à traiter rapidement » (Ibid., p. 358). Plutôt qu’au « pré-câblage » de l’esprit humain, certains neuroscientifiques s’intéressent aux processus neurophysiologiques et chimiques qui sous-tendent les interactions sociales et permettent leur réalisation (pour un aperçu, cf. Decety & Cowell, 2015). J’ai eu l’occasion de me pencher d’un peu près sur les opérations par lesquelles les neurosciences parviennent à faire d’un phénomène culturel dense, tel que la confiance interpersonnelle, une série de processus chimiques dans le cerveau (Quéré, 2008). Mais ce n’est pas ce dont je veux parler aujourd’hui.

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