Agenda |

 

« Norme et Normativité »

Journée du CEMS du 11 février 2016

La prochaine Journée du CEMS aura lieu le

 

11 février 2016,

ensalles 638-640-641, 6e étage du ‘France’ (190 Av. De France, 75013 Paris),

à partir de 14h.

 

Et aura pour thème :

 

« Norme et Normativité »

 

 

Avec les interventions de :

 

Laura Centemeri, « Imitation, exemplarité et “imprégnation” : des pistes pour explorer la normativité d’un mouvement d’alternative écologique »,

Baudouin Dupret,« Ethnographie du droit en action »,

Florence Lafine,« Des sens au sens : Apprentissage sensoriel de la pertinence normative chez le bébé »,

Camille Rivière,« La légalité à l’épreuve de la norme : l’exemple des études d’impact Natura 2000 ».

 

*

*        *

 

Argumentaire

Expliquer l’ordre social et son pendant – le conflit, la transformation sociale, la déviance, les marges – constitue l’un des intérêts majeurs des sciences sociales. Ainsi, la recherche vise souvent à comprendre la manière dont les acteurs contribuent par le truchement de leurs actes quotidiens à faire et refaire les normes du monde les entourant. La normativité peut être définie comme le domaine de ce qui est permis, interdit et obligatoire dans une collectivité (Ogien, 2003). Un « sens du normativement juste » (Ogien & Quéré, 2005) nous oriente au jour le jour dans les actes quotidiens, sans avoir à nous poser la question au cas par cas sur la norme à laquelle nous nous conformons. C’est tout un arrière-plan d’attentes normatives et cognitives qui permet de coordonner l’action (Heritage, 1984). Notre rapport aux objets et aux personnes nous entourant acquiert un caractère momentanément indubitable et aproblématique grâce à ces attentes, vaguement définies dans la situation (Garfinkel, 2007).

Si la norme semble conceptuellement indissociable de l’infraction, de la dispute et de la contestation, c’est en grande partie parce que dans des situations de critique et de déviance elle est rendue explicite et elle peut nécessiter des formes de justification, de spécification et devenir l’objet d’une enquête collective. Nous proposons une discussion autour de la norme, ses réalisations concrètes et ses limites, à partir de trois axes de réflexion.

La « mise en norme ».

Divers travaux ont rendu compte des procédures collectives et délibératives permettant de produire un problème public, via la montée en généralité et la publicisation des demandes (voir par exemple Diaz, 2008; Terzi, 2005). Le politique peut également apparaître dans les interactions et les conversations routinières, en dehors des moments d’« effervescence collective » (Cefaï, 2011). Il semble intéressant d’explorer dans quel sens la participation et l’engagement impliquent un accomplissement et une appropriation profane ou spécialisée de la norme. Dans quel sens son appropriation politique ou juridique permet-elle de problématiser un état des choses, en donnant une orientation et des repères pour l’interprétation et pour l’action ? 

Norme et objectivation.

La norme est souvent l’objet d’un travail de stabilisation, visant à la rendre « disponible » dans divers espaces et époques. Quel type de rapport à la norme implique l’expérience de « codifier et de faire référence au code » (Dupret, 2014)? Par ailleurs, certains « dispositifs de gestion » chiffrés du secteur privé et des marchés financiers ont été imposés dans le cadre normatif des services publics européens les trente dernières années (Baud & Chiapello, 2015; Gallenga, 2011). Comment le rapport à la norme et au commun est-il façonné et redéfini dans des processus de réglementation et de standardisation de l’action collective ou de l’action publique ? Dans quelles conditions peut-on dire que la conformité à la standardisation renvoie à une forme de soumission ou de domination ? De quelle manière l’intérêt général peut-il être invoqué pour justifier ou pour contester ce processus global de codification, de réglementation et de standardisation de la vie collective ?

Rendre la norme arbitraire.

Une grande partie du travail sur la norme et les standards a, nous l'avons vu, pour objet des situations de production de la critique, de controverse et de fabrication de la déviance. Dans ce troisième axe, nous nous demanderons quelle place chercheurs-chercheuses comme acteurs-actrices occupent dans la mise en évidence de l'arbitraire de la norme et de sa mise en pratique. De quelle manière la réflexivité ordinaire vis-à-vis de la norme – via la participation ou la délibération collective, par exemple – peut-elle contribuer à une « démocratisation de la gouvernance » (Carrel, 2013) et au combat contre des inégalités sociales ou des discriminations ?

* * *

 

Organisateurs

Mehdi Arfaoui (mehdi@arfaoui.net)

Germán Fernández Vavrik (german.fernandez@ehess.fr)

 

Bibliographie

Baud, C. l., & E. Chiapello. (2015). Comment les firmes se financiarisent : le rôle de la réglementation et des instruments de gestion. Le cas du crédit bancaire. Revue française de sociologie, 56 (3), pp. 439-468.

Carrel, M. (2013). La gouvernance est-elle démocratique ? Les enjeux de la participation citoyenne. Informations sociales, 179 (5), pp. 144-151.

Cefaï, D. (2011). Vers une ethnographie (du) politique. Décrire des ordres d'interaction. analyser des situations sociales. In Berger, M., D. Cefaï & C. Gayet-Viaud (eds.). Du civil au politique. Ethnographies du vivre-ensemble. Bruxelles: Peter Lang.

Diaz, P. (2008). La publicisation d’une vérité pour la réconciliation : le Rapport de la Commission de Vérité et Réconciliation dans la presse écrite chilienne. Visages d’Amérique Latine - Sciences Po, 6 (« Médias en démocratie, médias démocratiques ? »).

Dupret, B. (2014). Le code en tant qu’accomplissement pratique. Respécification ethnométhodologique et cas d’étude égyptien. Tracés (27), pp. 73-92.

Gallenga, G. (2011). Le feu aux poudres. Une ethnologie de la « modernisation » du service public. Marseille: CTHS.

Garfinkel, H. (2007). Recherches en ethnoméhodologie. Paris: PUF.

Heritage, J. (1984). Garfinkel and ethnomethodology. Cambridge: Polity press.

Ogien, A., & L. Quéré. (2005). Le vocabulaire de la sociologie de l'action (Vocabulaire de...). Paris: Ellipses.

Ogien, R. (2003). Le rasoir de Kant : et autres essais de philosophie pratique. Paris: Éditions de l'Éclat.

Terzi, C. d. (2005). « Qu’avez-vous fait de l’argent des juifs ? » : Problématisation et publicisation de la question « des fonds juifs et de l’or nazi » par la presse suisse, 1995-1998. Thèse de doctorat, Université de Fribourg (Faculté des sciences économiques et sociales), Fribourg - Suisse.

EHESS
CNRS

flux rss  Actualités

La condition blanche. Réflexion sur une majorité française

Journée(s) d'étude - Vendredi 29 juin 2018 - 08:30 Journée d’étude « La condition blanche. Réflexion sur une majorité française »organisée par Mathilde Cohen (CNRS-IMM-UConn) & Sarah Mazouz (CNRS-CERAPS) Vendredi 29 juin 2018,Salle 13, EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris(salle 11 pour les pauses (...)(...)

Lire la suite

Les chercheurs et leurs pratiques : discours, savoirs, pouvoirs

Journée(s) d'étude - Lundi 11 juin 2018 - 09:00Researchers and their practices: discourses, knowledge, power3rd Workshop organized by Institut Marcel Mauss (IMM), Centre d’Étude des Mouvements Sociaux (CEMS), Groupe Sciences et Technologies (GST) and the ERC DISCONEX team. Organisateurs :Johanne (...)(...)

Lire la suite

"Social Reflexivity and Informalization"

Journée(s) d'étude - Jeudi 17 mai 2018 - 09:00Journée d'étude "Social Reflexivity and Informalization"17 mai 2018 - 9h-18h30Reid Hall. 4 rue de Chevreuse, 75006. Métro: Vavin ou Notre-Dame-des-Champs Cette journée d'étude, qui se déroulera en anglais, a pour vocation de faire dialoguer la notion (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

Centre d'étude des mouvements sociaux – Institut Marcel Mauss

CEMS–IMM/UMR-8178

54 Boulevard Raspail 75006 Paris
Tel.: +33 (0)1 49 54 25 95
        +33 (0)1 49 54 25 82
Fax: +33 (0)1 49 54 26 70
cems@ehess.fr