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Les “cités” de Montrimond et ses “bandes de jeunes”.
Ethnographie des relations d’amitié, de complicité et d’inimitié dans la proche banlieue parisienne (1970-2015)

Soutenance de thèse de Kamel Boukir – 19 mai 2017

Kamel Boukir

Soutiendra sa thèse de doctorat de sociologie intitulée

 

« Les “cités” de Montrimond et ses “bandes de jeunes”. Ethnographie des relations d’amitié, de complicité et d’inimitié dans la proche banlieue parisienne (1970-2015) »

 

Préparée sous la direction de Daniel Cefaï (CEMS/IMM–EHESS)

 

Le 19 mai 2017

A partir de 13h

à l’Amphi Furet au 105 boulevard Raspail 75006 Paris

 

devant un jury composé de :

M. Fabien Jobard, directeur de rechercher au CNRS

M. Sébastien Chauvin, professeur associé, Université de Lausanne

Mme Alice Goffman, Assistant Professor of Sociology, Université de Wisconsin-Madison

M. Alain Mahé, maître de conférences à l’EHESS

Mme Caroline de Saint-Pierre, maître assistant, École nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais

M. Daniel Cefaï, directeur d’études à l’EHESS – Directeur de thèse

 

 

Résumé

À Montrimond certains jeunes sont connus pour squatter les halls et les places publiques. Ce sont les « mecs de cité ». Dans cette banlieue parisienne, ces jeunes résident dans les deux « quartiers sensibles », le Belvédère et le Val. Fruit d’une enquête ethnographique conduite au sein de la famille Aïth Ali pendant plus de six ans, cette thèse décrit l’expérience de cette affiliation juvénile depuis la perspective des jeunes, à hauteur de ce qui suscite leurs passions et leurs haines. Qu’est-ce que signifie au quotidien d’« être un mec de cité » ? Quelles pratiques soutiennent ce sentiment d’appartenance ? Quels liens font tenir cette collectivité juvénile de pied d’immeuble ? Une partie liminaire examine sur le plan historique l’émergence de ces « quartiers sensibles ». Elle montre les raisons pour lesquelles certains jeunes incarnent au tournant des années 1960 et 1970 une angoisse sociale particulière : la disparition du « vieux Montrimond ». Face à ces nouveaux venus perçus comme des outsiders, les Montriots des « origines » se sentent menacés. En creux, les jeunes de cités deviennent alors responsables de ce monde qui s’en va. Face à cette légende des origines, les jeunes de cité se taillent un autre récit de fondation pour inscrire leur biographie dans cette histoire urbaine. Être un « mec de cité » c’est s’identifier à un ordre temporel grâce auquel chacun trouve sa place, celle d’« ancien », de « grand » ou de « petit ». Cet ordre générationnel fournit un cadre narratif sur lequel s’appuyer pour donner du sens à sa vie. On peut alors dire qu’on est un « mec » d’ici, du « quartier » ou de la « cité ». Puis, l’enquête décrit les réseaux d’amitié au sein desquels prennent forme ces rassemblements de jeunes. Elle suit plusieurs fratries depuis leur prime enfance, leur passage des bacs à sable à l’école primaire et secondaire, et en parallèle, les institutions municipales de délégation éducative, comme les MJC, les clubs de sport et les centres de loisirs. Une société juvénile, avec ses propres standards moraux, se développe dans les réseaux de relations qui lient ces trajectoires de socialisation. Véritable pierre de touche sur laquelle s’échafaude tout un univers éthique, cet entre-soi juvénile s’organise autour de trois figures relationnelles : l’ami, le complice et l’ennemi. Une question se pose alors : qu’advient-il de la moralité ordinaire qui lie ces amis d’enfance quand ils deviennent complices dans la délinquance ou le crime (deal de stupéfiants, vols, braquages, etc.) ? La hantise de la déloyauté, de l’arnaque et de la délation sape le ressort sur lequel reposait la certitude de la bonne foi d’autrui, sa sincérité. Ce contexte de vulnérabilité affective et éthique place les complices dans un cercle vicieux où les intentions de leurs proches souffrent d’une double lecture. Face à l’indétermination du futur, l’angoisse de la trahison poussera les plus déterminés à anticiper les mauvais coups et à céder à la violence. L’enquête sondera alors les ressorts psychosociologiques du passage à l’acte ainsi que les conditions d’exercice du jugement moral face à la violence.

Mots clés : jeunesse, amitié, déviance, cités, violence.

Abstract

At the bottom of housing projects in Montrimond, young men gather in building entrances and public places. In this small city located in the ring of suburbs, next to Paris, a few adolescents and young adults see themselves as the “guys from the hood.” The “guys from the Belvedere” and the “guys from the Val” wander around in the so-called “sensitive neighborhoods” the city hall has labeled as such. This thesis shed light upon the lived experience and the meanings of this juvenile affiliation. What does that mean to “be a guy from the hood” on a daily basis? On which everyday activities this affiliation relies on? How some boys come to be morally bound together? Initially, the thesis investigates the historical and ecological aspects in the genesis of the so-called “sensitive neighborhoods.” It shows how youth came to embody a social phobia that yields the residents to see them as outsiders. Then, this social fear is related to the narrative of foundation youth tells their own origin. Through the order of generation upon which they tell the history of their “hood,” anyone can be assigned to a place of either an “ancestor,” an “elder” or a “young.” Here we describe the networks of friendships that shape those generational gatherings. In the interstices of educational institutions of the city, like family, school and youth center, those “guys” cultivate an esprit de corps with its own moral standards. This esprit de corps is the touchstone upon which they give rise to a moral world that revolves around three ethical figures: the friend, the partner in crime (accomplice) and the enemy. Finally, the thesis unfolds the psychosociological dynamics entailed in the metamorphosis of commitment friends are engaged in while becoming deviant (drug dealing, robbery, stick-ups, etc.). In the context of deviant careers, friends cannot believe anymore in the sincerity of their alter ego. Facing the possibility of disloyalty, scam and snitch, they start doubting the honesty that was at the core of their mutual respect. In this distrust process, the ethical and emotional vulnerability undermines the faith in the future, engaging each other in a vicious circle of predicting the betrayal of the old friend. Some would go as far as killing a would-be enemy, others would be cruel in retaliation when certain would withdraw from violence to save their sense of humanity.

Keywords: Youth, Friendship, Deviance, Housing Projects, Violence.

EHESS
CNRS

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