Type et date de soutenanceSoutenance de thèse

Comme des combattants. Des civils dans un bombardement aérien. Le Bourget, 16 août 1943

Pierre Benetti

Résumé

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Le 16 août 1943, au moins 147 civils, principalement à Dugny (actuelle Seine-Saint-Denis), sont tués par l’aviation américaine lors d’un bombardement aérien visant l’aéroport du Bourget, occupée par l’armée allemande. A partir de ce micro-cas, cette thèse d’anthropologie historique décrit l'expérience de la guerre aérienne par les populations exposées à la violence, en interrogeant les limites entre civils et combattants. Elle place pour cela au cœur de l’analyse les situations vécues par les acteurs ordinaires, leurs manières d’agir et leurs récits, en mobilisant les outils de l'histoire sociale de la Seconde guerre mondiale et de l'anthropologie politique de la violence. L’étude s'ouvre sur une reconstitution de l’événement du point de vue des habitants bombardés. Puis elle revient en arrière, afin d’éclairer les transformations spatiales et sociales qui ont affecté les abords du Bourget, l’accentuation de la menace aérienne et l’intégration du risque au quotidien des habitants. La réflexion repart ensuite du bombardement afin de saisir les différentes perceptions de la violence, par l'examen des interprétations données au bombardement d’une part par les populations locales et parisiennes, d'autre part dans le traitement médiatique suscité par les autorités de Vichy. Enfin, la thèse étudie les processus d’identification des victimes et d’attribution aux défunts de la mention « Mort pour la France ». Au cours de ces étapes, elle observe comment la limite entre civils et combattants se rédéfinit dans les pratiques sociales et sous l’effet des politiques de prise en charge des préjudices de guerre. Par là, la thèse observe simultanément l’entrée de pratiques combattantes dans la vie civile et l'entrée de non-combattants dans le champ de la guerre. L’enquête s'appuie pour cela sur un vaste corpus d’archives permettant de restituer l’expérience des populations locales : témoignages d’anciens habitants, rapports de police, photographies de presse, dossiers d’attribution de la mention « Mort pour la France ». A travers une lecture ethnographique de ces documents, la thèse documente de manière inédite le point de vue des civils confrontés aux bombardements aériens, interroge la redéfinition de leurs cadres de vie sous l’Occupation et replace la guerre aérienne au cœur de l’histoire contemporaine de la région parisienne.

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Jury

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  • M. Michel Naepels (Directeur de thèse), EHESS
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  • Mme Isabelle Backouche, EHESS
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  • Mme Sarah Gensburger, CNRS
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  • M. Thomas Hippler, Université de Caen
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  • M. Paul Lenormand, Université Paris Nanterre
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