CECI n'est pas EXECUTE cems : OP15 / La confiance comme attitude pratique

OP15 / La confiance comme attitude pratique

Exposé fait à l’Université de Strasbourg le 28 mars 2013 (séminaire de Jean-Philippe Heurtin)

 

La confiance comme attitude pratique

 

Louis Quéré

 

Je fais partie de ceux qui considèrent que l’on peut rendre compte de la confiance en termes d’attitude plutôt que de croyance, d’attente ou de sentiment. Mais j’avoue que jusque- là je n’avais jamais approfondi la réflexion sur cette notion d’attitude, et notamment sur ce qui la différencie de celles d’habitude et de disposition, sur ce qui fait qu’elle n’est pas du domaine du savoir ou encore sur le type de certitude qu’elle implique. Je me suis rendu compte qu’en poussant l’examen de cette notion, on pouvait résoudre certaines des difficultés auxquelles ont été confrontés les auteurs « classiques » dans l’étude de la confiance. Ainsi G. Simmel évoquait-il un type de confiance qui ne va pas « dans la direction » du savoir. Il y voyait un geste d’abandon similaire à celui que l’on rencontre dans la foi religieuse, un geste consistant à « croire en quelqu’un », à « avoir foi » en lui, au-delà des assurances que peut fournir tout ce que l’on peut savoir sur lui  (« On s’abandonne en toute sécurité à la représentation qu’on a de lui » (Simmel, 1987, p. 197)). N. Luhmann, qui s’inspire beaucoup de Simmel,  développe un argument similaire : la confiance extrapole au-delà de ce que permettent les informations disponibles. Elle fait un pas de plus, mais pas un pas dans le vide. Luhmann rend compte de cette extrapolation non pas en termes de « foi en » une personne, mais en termes de substitution de certitude : à la certitude externe procurée par le savoir (informations sur la personne, réputation, etc.) la confiance substituerait une certitude interne, subjective, dont la substance est « un élan vers l’indifférence ». L’idée de cette substitution de certitude est assez problématique, de même que celle d’abandon à une représentation. Il me semble que raisonner en termes d’attitude pratique permet justement de résoudre en partie la difficulté.

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