CECI n'est pas EXECUTE cems : Soutenance Florence Lafine

Soutenance Florence Lafine

Thèse préparée sous la direction de Louis Quéré et soutenue par Florence Lafine le 12 février 2010, à l’EHESS. Mention très honorable.

 

Titre de la thèse

« Corps, affectivité et jeu de langage. Du sensoriel au sens social, l’ontogénèse possible de l’habitus et des représentations sociales chez le bébé »

 

Membres du jury

  • Michel de FORNEL, Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris

  • Vincent DESCOMBES, Directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris

  • Olivier HOUDÉ, Professeur de psychologie à l’université Paris V-René Descartes, directeur de l’équipe développement et fonctionnement cognitifs dans le groupe d’imagerie neuro-fonctionnelle du développement, CNRS et CEA (pré-rapporteur)

  • Laurence KAUFMANN, Professeure de sociologie à l’université de Lausanne (pré-rapporteur)

  • Bernard LAHIRE, Professeur de sociologie à l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines de Lyon

  • Louis QUÉRÉ, Directeur de recherche au CNRS, Paris

 

Présentation/Résumé de la thèse

L’objectif de ce travail de thèse consiste à analyser, chez le bébé, les mécanismes possibles d’acquisition et de développement des structures sociales et mentales inhérentes à l’habitus, en référence à la notion développée par P. Bourdieu. Notre projet est non pas d’embrasser la thématique de l’habitus, mais il consiste à appréhender précisément la question du corps, et de traiter sous quelles conditions, sous quelles circonstances, l’habitus s’instaure, en quelque sorte s’incruste, se maintient et évolue. Nous avons donc tenté de faire une description des processus qui sous-tendent les modalités de socialisation possiblement à l’œuvre chez le bébé, à partir de son monde natal et des situations qu’il contient.

Dans la première partie, nous nous sommes intéressée aux débuts de la vie. À partir du recensement tant des capacités sensorielles perceptives, et même cognitives, chez les nourrissons, que des recherches actuelles se penchant plus avant sur leurs racines fœto-maternelles, nous avons décrit les propensions comportementales et les tendances sensorielles fœtales et néonatales. En particulier, le fœtus manifeste déjà des capacités de reconnaissance et de comparaison, tandis que le bébé, à la naissance, est capable de reconnaître une configuration tangible existant au-dehors, celle de sa mère par exemple, qu’il n’a pourtant jamais vue mais seulement “écoutée” sensoriellement, in utero. Nous avons alors cherché à dégager un modèle d’allure grammaticale, selon une logique susceptible de dévoiler les processus opératoires qui pourraient, sinon expliquer, du moins éclairer tant ce corpus descriptif de propriétés fœtales et néonatales si intrigantes, que cette capacité de discrimination à l’œuvre chez le bébé. En nous appuyant sur la conception de jeu de langage introduite par Wittgenstein, nous avons élaboré un cadre théorique analytique. Dans notre cas, un jeu de langage, certes non-linguistique, existerait pourtant sur la base des formes sensorielles délivrées par chaque organe des sens, chacune des formes venant toucher le bébé par ses variations et ses transformations. Puisque, grâce à un tel jeu de langage forgé à travers la perception sensorielle de mouvements et les expériences que le bébé en fait, ce dernier est capable de saisir une compréhensibilité et un sens qui vont lui permettre de construire sa propre intelligibilité du monde, nous avons tâché de mettre en valeur les cohérences et l’intelligibilité pratique de ce que nous pensons être un jeu de langage sensoriel, en spécifiant ce que seraient ses règles grammaticales et constitutives, et la façon dont se ferait déjà un accord dans le langage. De fait, la capacité de reconnaissance et de discrimination du bébé constitue une première “catégorie” qui n’est pas a priori, mais elle est socialement, historiquement et culturellement composée et construite, dépendant de la manière dont la lignée, la “collectivité” à laquelle le bébé appartient, est constituée et organisée. Si bien que ce jeu de langage serait également le support d’une première pré-socialisation, à tout le moins d’une première forme socialisée de transmission comportant déjà une dimension pré-normative.

Dans la seconde partie, l’approche retenue a consisté à décrire l’usage néonatal du jeu de langage utérin et sa nouvelle application au travers des expériences du bébé. Pour cela, nous nous sommes appuyée, pour partie, sur notre propre expérience professionnelle auprès de bébés en réanimation, en particulier de bébés prématurés, et sur les résultats d’une analyse statistique longitudinale des mouvements du bébé de 3 à 9 mois, dans le cadre d’un programme international pour le langage de l’enfant (PILE), relatif à la communication préverbale. Cette dernière recherche, basée sur des vidéos de bébés en interaction avec le parent, s’est effectuée à l’hôpital Necker. Nous avons alors tenté de montrer comment le bébé se dote de nouveaux instruments de communication et de transmission lui permettant d’appréhender son milieu, son environnement et sa propre situation en tant que personne dotée d’une subjectivité. Nous avons introduit de nouveaux motifs théoriques pour appréhender cette nouvelle richesse issue des conditions néonatales et nécessaire au fonctionnement du jeu de langage.

La troisième partie, et ses derniers objectifs théoriques, visent à appréhender la façon dont, à l’aide dudit jeu de langage sensoriel, le bébé explore le monde social et, surtout, comment se mettrait en place l’inculcation de dispositions suffisamment stables pour fonctionner dans des champs d’application extrêmement divers. Nous avons voulu décrire la façon dont des contraintes sociales, revêtant une dimension symbolique ainsi qu’une trame imaginaire, vont générer une logique de l’attente et du désir. Celles-ci fournissent alors au bébé des catégories, du moins des limites et des bornes, de l’ordre du pensable et de l’impensable,qui non seulement vont être respectées, reconnues par autrui, mais elles vont lui permettre de se situer dans son monde natal. Ce que nous avons illustré à l’aide d’observations du bébé dans son milieu familial (selon la méthode E. Bick, psychanalyste polonaise ayant exercé à Londres). À travers les possibles ou les interdits que ses Autrui généralisés sont en droit d’en attendre, nous avons examiné les conditions de possibilité de mise en place chez le bébé des premières structures sociales et, partant, des premières structures mentales qui progressivement vont lui prescrire une “prise de conscience” de sa position.

Tout au long de ce travail, bien que l’on fasse appel au terme de structure, nous ne nous inscrivons pas dans une démarche structuraliste stricto sensu. Nous avons cherché plutôt à construire et préciser le mieux possible non pas un modèle linéaire avec des paliers ou des stades, mais un modèle dynamique s’inscrivant dans une démarche généalogique. Laquelle appelle la mise au jour de processus d’émergence que nous avons tenté de décrire en faisant travailler ensemble une histoire de la corporéité, c’est-à-dire du corps en mouvement, et de l’affectivité nécessaire et vitale à ce qu’une mise en corps et une mémorisation desdits processus soient possibles. Nous avons voulu décrire – de la façon la plus exhaustive possible – ce que nous pensons être les différentes composantes structurelles et spatio-temporelles d’un jeu de langage sensoriel : d’une part, à travers elles, se dévoilent un sens et une compréhension réels sur lesquels le bébé se fonde et se repère pour appréhender le monde, et notamment le monde social qui est le sien, au travers de la contingence des situations vécues. D’autre part, le jeu de langage offrirait une opportunité tant à l’habitus qu’à l’acquisition d’une structure langagière, grâce aux formes des mouvements et aux sons de la langue entendue qu’il recèle.

Ainsi, il s’est agi de montrer de quelle façon l’habitus et l’avènement des premiers mots prennent possiblement leur source dans un jeu de langage, en premier lieu sensoriel.

EHESS
CNRS

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