CECI n'est pas EXECUTE cems : Soutenance Cédric Terzi

Soutenance Cédric Terzi

Thèse de doctorat dirigée par Louis Quéré et soutenue par Cédric Terzi le 9 décembre 2004 à l’Université de Fribourg. Mention très honorable avec félicitations à l’unanimité.

 

Titre de la thèse

« “Qu’avez-vous fait de l’argent des juifs ?” Problématisation et publicisation de la question “des fonds juifs et de l’or nazi“ par la presse suisse, 1995-1998 ».

 

Les membres du jury

  • M. Paul Beaud, Professeur à l’Université de Lausanne (Président)

  • M. François Hartog, Directeur d’études à l’EHESS


  • M. Louis Quéré, Directeur de recherche au CNRS (Directeur de thèse)


  • M. Franz Schultheis, Professeur à l’Université de Genève


  • M. Jean Widmer, Professeur à l’Université de Fribourg (Directeur de thèse)

 

Présentation (courte) de la thèse

Prenant appui sur un large corpus d'articles de presse, de discours politiques, d'enquêtes historiques et de témoignages, cette thèse étudie l'émergence, le développement et le dénouement de la controverse dite « des fonds juifs et de l'or nazi » qui a animé l'espace public suisse entre 1995 et 1998.

 

L'enquête commence par retracer comment, plus de cinquante ans après les faits, le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale a émergé en tant que problème public, traité dans des arènes bancaires, médiatiques, administratives, judiciaires, diplomatiques et politiques.

 

La deuxième partie de la recherche est consacrée au cadrage de ces questions, c'est-à-dire à leur mise en forme et à la configuration de leurs audiences médiatiques et de leurs publics politiques.

 

La troisième et dernière partie montre comment le dénouement de ce débat public a pris forme au cours de négociations secrètes, conduites par des banques privées.

 

Cette enquête propose ainsi une incursion empirique au cœur des dynamiques habituellement désignées par les termes de globalisation, de fmanciarisation et de judiciarisation des relations internationales. Ce récit détaillé de la controverse sur « les fonds juifs et l'or nazi » débouche sur une analyse inattendue, et à bien des égards déconcertante, du fonctionnement des institutions démocratiques suisses.

 

Mots-clés

Sociologie de la communication et des medias, Analyse de discours, Analyse des catégorisations, Espace public, Problèmes publics, Controverses, Constitution des collectifs politiques, Suisse, Seconde Guerre mondiale, Fonds juifs et or nazi.

 

Title and abstract

  • « What have you done with the money of the Jews ? » Problematization and publicization of the « Jewish assets and nazi gold » issue by Swiss newspapers, 1995-1998.

 

Based on a large collection of newspaper articles, political discourses, historical inquiries and testimonies, this research analyzes the emergence, development and resolution of the controversy about the "Jewish assets and nazi gold" in the Swiss public sphere between 1995 and 1998.

 

The research starts with the analysis of the emergence of the role of Switzerland during the Second World War, more than fifty years after the end of the conflict, as a public problem to be discussed and treated in the banking, media, administrative, judicial, diplomatic, and political arenas.

 

The second part is dedicated to the analysis of t\e frames osmose issues, i.e. to the way their configuration organized media audiences and political publics.

 

The third and last part relates how private banks running secret negotiations provided for the resolution of this public debate.

 

This research proposes an empirical view of international relations processes usually named globalization, financiarisation and judiciarisation. Mainly, this detailed analysis leads on to unexpected and in some respect disconcerting results about democratic institutions in Switzerland.

 

Présentation (développée)

Ma thèse retrace l'émergence, le développement et le dénouement de la controverse dite « des fonds juifs et de l'or nazi » qui a animé l'espace public suisse entre 1995 et 1998. Je l'ai élaborée en analysant minutieusement un large corpus d'articles de presse, de discours politiques, d'enquêtes historiques et de témoignages relatifs au rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Cette incursion empirique au cœur des dynamiques habituellement désignées par les termes de globalisation. de financiarisation et de judiciarisation des relations internationales débouche sur une analyse inattendue, et a bien des égards déconcertante, du fonctionnement des institutions démocratiques suisses.

 

J'ai présenté ses résultats au fil de douze chapitres, organisés en trois parties principales.

 

Dans la première partie, j'ai montré comment, plus de cinquante ans après les faits, le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale a émergé en tant que problème public, traité dans des arènes bancaires, médiatiques, administratives, judiciaires, diplomatiques et politiques. En élaborant ce récit détaillé, j'ai fait remonter l'origine de la controverse aux démarches que des héritiers ont entreprises, dès la fin de la guerre, pour récupérer les biens des victimes de l'Holocauste déposés dans les banques suisses. Ceci m'a permis de montrer comment ces premières requêtes ont servi de préfiguration aux interventions médiatiques et parlementaires qui ont progressivement donné forme aux scandales des « fonds juifs » et de l'« or nazi », lesquels ont été définis en 1996 comme un problème unique, affectant l'ensemble de la collectivité politique suisse.

 

J'ai décliné cette « histoire naturelle » du débat sur trois axes différents. J'ai commencé par analyser l'élaboration et la stabilisation des inventions lexicales forgées pour désigner ce problème (partie I, chapitre 1). Puis j'ai étudié l'institution des arènes publiques dans lesquelles il a été débattu et traité (I. chapitre 2). Enfin, j'ai retracé la trajectoire identitaire de ses protagonistes (1, chapitre 3).

 

Dans la deuxième partie de ma recherche, j'ai étudié le cadrage du problème « des fonds juifs et de l'or nazi », c'est-à-dire à sa mise en forme et a la configuration de ses audiences médiatiques et de ses publics politiques. Au fil de ces chapitres, je retrace le déroulement du débat, de manière à montrer comment il a progressivement déterminé une situation intelligible, susceptible de servir de point d'appui pour orienter une action publique. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les analyses rétrospectives, j'ai montré que le traitement du problème « des fonds juifs et de l'or nazi » ne s'est pas déroulé linéairement, à la manière d'une action planifiée. Il a plutôt présenté les traits d'une exploration contingente et indécise, faite de tentatives et de renoncements, d'avancées et de retours en arrière.

 

La mise au jour de cette dynamique éclatée révèle l'inadéquation des récits linéaires qui prétendent habituellement rendre compte de la constitution et du traitement des problèmes publics. Afin de répondre à cette contrainte pratique, j'ai fait éclater la trame narrative linéaire des chapitres précédents, de manière à restituer les propriétés de la controverse et de son déroulement contingent. J'ai commencé par montrer comment les discussions ont donné forme à la fois à un problème et à la diversité des points de vue adoptés à son égard (II, chapitre 4) Afin de spécifier la structuration de ces perspectives, j'ai étudié l'élaboration et les réajustement de la ligne éditoriale du magazine L 'Hebdo (II, chapitre 5), puis j'ai analysé les raisonnements pratiques déployés dans les éditoriaux publiés par la presse quotidienne (II, chapitre 6). Ensuite, j'ai affiné la description de ces dynamiques par une analyse détaillée des quatre semaines de polémiques qui ont surgi, en janvier 1996, suite à une déclaration du président de la Confédération (II, chapitre 7). Pour conclure, j'ai explicité les conséquences de ce mode d'écriture, de manière à élaborer une critique pragmatiste des opérations de problématisation et de publicisation (II, chapitre 8).

 

Dans la troisième partie de la recherche, je montre comment le dénouement de la controverse sur « les fonds Juifs et l'or nazi » été élaboré au cours de négociations secrètes, conduites par des banques commerciales. Je me suis alors principalement attaché à élucider les perspectives temporelles qui sont entrées en jeu au cours de la résolution de ce problème public. Afin de retracer ces dynamiques auto-interprétatives, j'ai conduit un récit qui assume pleinement le jeu des projections et de leurs déterminations rétrospectives. Au risque de désorienter la lecture, j'ai donc laissé place au va-et-vient des attentes et de leurs remplissements.

 

J'ai élaboré cette écriture expérimentale en deux temps. D'abord, je l'ai mise à l'épreuve pour retracer comment la controverse sur « les fonds juifs et l'or nazi » a constitué une audience médiatique helvétique, puis comment celle-ci a été transformée en public politique, appelé à défendre ses banques (III, chapitres 9 et 10). Ensuite, j'ai repris et approfondi cette démarche pour montrer comment le débat a constitué l'horizon d'un règlement financier définitif et comment son remplissement par la signature d'un « accord global » a reconfiguré le déroulement de toute la controverse (III, chapitres 11 et 12).

 

Au terme de ma recherche, il apparaît donc que ce sont les mesures déployées par des entreprises commerciales, en vue de confiner les problèmes soulevés par leur attitude durant la Seconde guerre mondiale, qui ont problématisé et publicisé l'histoire suisse en tant qu'enjeu politique. Mon enquête montre ainsi comment le développement d'une situation particulière a doté des entreprises privées de la compétence de représenter la collectivité politique suisse et de déterminer son positionnement face aux instances représentant les États-unis. Au terme de son parcours, ma recherche désubstantifie donc radicalement la publicité démocratique. De telle sorte que cette dernière apparaît finalement comme un travail de configuration pratique, accompli de manière permanente, parla détermination de problèmes et la constitution de leurs publics. Cette approche permet ainsi d'envisager une observation et une analyse critique des activités qui contribuent à la recomposition des espaces publics nationaux et des relations internationales.

EHESS
CNRS

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