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Colloque : « Un siècle de vie dominicaine à Saint-Maximin (1859-1957) »

Colloque sous la direction de Tangi Cavalin et d’Augustin Laffay avec le soutien du LARHRA-RESEA, du CEMS/IMM/EHESS et de la Province de Toulouse Hôtellerie de la Sainte-Baume (5-7 novembre 2015)

Argumentaire

L’histoire religieuse contemporaine, telle qu’elle s’élabore depuis les dernières décennies, a élargi ses interrogations à des domaines qui, longtemps, lui ont semblé difficiles à appréhender, comme l’histoire des théologies ou, plus encore, celle des piétés et des spiritualités. Elle l’a fait en empruntant le plus souvent aux moyens d’une histoire intellectuelle renouvelée et qui se refuse à n’être qu’une histoire désincarnée des idées et des courants de pensée. L’étude des réseaux, des sociabilités, des figures intellectuelles ainsi que leur mise en rapport avec les contenus théologiques ou spirituels et leur contextualisation sociale et culturelle font désormais partie des outils méthodologiques à la disposition des historiens du religieux et qui, loin de diluer leur objet d’étude, répondent à leur préoccupation de le cerner dans tous ses états. Au sein de ce renouveau historiographique, l’étude des lieux, bien que moins prisée en histoire contemporaine que pour les périodes précédentes, n’a pas été laissée à l’écart, que ce soit en ce qui concerne les institutions de formation des élites ecclésiastiques (par exemple les séminaires, au premier rang desquels le Séminaire français de Rome ou le couvent du Saulchoir) ou par la prise en considération de l’importance de hauts-lieux spirituels comme Lourdes, Fourvière, Montmartre ou encore La Salette.

Or Saint-Maximin, comme implantation dominicaine à l’époque contemporaine, offre la singularité de juxtaposer en un seul espace un lieu de formation à la vie régulière, un lieu d’étude et d’élaboration intellectuelle et, avec le sanctuaire de la Sainte-Baume, un haut-lieu spirituel. Il est le seul couvent français d’hommes à offrir un cadre architectural qui relie les dominicains des 19e-20e siècles à leurs prédécesseurs d’avant la Révolution de 1789 et au Moyen Âge qui a vu naître l’Ordre des frères prêcheurs. Prenant appui sur les éléments de renouveau historiographique ainsi que sur les données biographiques collectées par le Dictionnaire des dominicains des provinces françaises depuis Lacordaire, le colloque “Un siècle de présence dominicaine à Saint-Maximin (1859-1957)” se donne pour ambition d’interroger les raisons et la signification de la stabilité de cette implantation – les aléas de la période des expulsions mis à part – depuis le choix d’Henri-Dominique Lacordaire d’en faire l’acquisition sous le Second Empire, en 1859, jusqu’au départ de la communauté des religieux dominicains pour Toulouse en 1957.

En effet, si l’histoire du couvent royal de Saint-Maximin sous l’Ancien Régime a fait l’objet d’études monographiques, un numéro de la revue Mémoire dominicaine lui étant notamment consacré, il n’en va pas de même pour la période contemporaine qui a, par comparaison, peu attiré l’attention des historiens. Saint-Maximin a pourtant été, pendant une brève période, après son achat par Lacordaire, le lieu de formation des dominicains de la Province de France puis, de 1865 à 1957, de la nouvelle Province de Toulouse. Ce couvent d’études a même, pour des générations, fait figure de couvent idéal pour mettre en pratique les éléments constitutifs de la vie religieuse dominicaine, l’étude et l’observance en premier lieu. La proximité du sanctuaire de la Sainte-Baume renforce encore, d’un point de vue spirituel, l’exemplarité religieuse de Saint-Maximin.

Le colloque n’entend pas s’arrêter à un de ces domaines possibles d’étude, mais au contraire analyser les différentes facettes de l’histoire de Saint-Maximin de manière à en produire une histoire globale qui accorde sa part aux hommes qui y ont vécu, étudié, prié. En particulier, une hypothèse forte sur laquelle repose ce projet de colloque est que ce couvent inscrit dans un paysage provençal, bien qu’ancré architecturalement dans le Moyen Âge gothique et situé à distance des mutations des grands centres urbains, n’est en rien à l’écart des remous de son époque : des expulsions de la République aux troubles de l’Occupation sans oublier les effets de la crise d’Action française, Saint-Maximin est un lieu où se vivent les tensions entre l’idéal dominicain et la société moderne. Loin d’être un lieu clos sur lui-même, le couvent de Saint-Maximin offre des réponses aux questions de son temps, que ce soit dans le domaine artistique ou dans la recherche de nouveaux modes de prédication au moyen de revues. Une interrogation peut ainsi guider les réflexions : comment le couvent de Saint-Maximin, longtemps perçu comme un cadre idéalement ordonné à l’épanouissement de la vocation dominicaine, a-t-il pu faire figure au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d’obstacle à l’apostolat des frères prêcheurs ?

Tangi Cavalin, Augustin Laffay

Programme

Introduction générale : Christian Sorrel (Université Lumière Lyon 2/LARHRA-RESEA)

De 1859 à 1920 :  réappropriation et tentatives d’inculturation dominicaines en Provence

♦ Éric Belouet (CHS Paris 1) : Prosopographie des religieux saint-maximinois : problèmes et méthodes

♦ Nathalie Viet-Depaule (CEMS/IMM/EHESS) : Saint-Maximin : un choix lacordairien ?

♦ Tangi Cavalin (CEMS/IMM/EHESS) : Saint-Maximin, enjeu dans la séparation entre les provinces de France et de Toulouse au cours des années 1860

♦ Yvon Tranvouez (Université de Bretagne Occidentale, CRBC) : Le père Didon à Saint-Maximin

♦ Clément Binachon, (op, Province de Toulouse) : Le temps des expulsions (1880-1920)

♦ Régis Bertrand (Université d’Aix-Marseille) : Le pèlerinage de la Sainte-Baume : la dévotion à Marie-Madeleine à l’époque contemporaine

♦ Paul-Bernard Hodel (Université de Fribourg Suisse) : La vie religieuse dominicaine féminine à Saint-Maximin : une vie dans l’ombre ?

De la réouverture du couvent d’études aux années 1930 :  entre crises et renouveau

♦ Éric Belouet (CHS Paris 1) : Une génération de l’entre-deux-guerres ?

♦ Agnès Desmazières (GSRL) : Saint-Maximin, foyer de renouveau spirituel : les débuts de la Vie spirituelle et de la Revue du Rosaire

♦ Jacques Prévotat (Université Lille 3) : Saint-Maximin, un couvent d’Action française ?

♦ Florian Michel (Paris 1) : La difficile constitution d’un studium à Saint-Maximin (de Pègues à Labourdette)

♦ Augustin Laffay (op, archiviste de la Province de Toulouse) : La visite du maître général Gillet à St Maximin en 1932 : révolution ou normalisation dans les règles de l’observance ?

♦ Henry Donneaud, op : Un second âge pour la Revue thomiste

♦ Michel Fourcade (Université Paul Valéry-Montpellier 3) : Le cas Bottéro : fidélité dominicaine et crise intellectuelle

Un couvent médiéval confronté à la modernité

♦ Jean-Marie Guillon (Université d’Aix-Marseille) : Saint-Maximin et la Sainte-Baume dans la guerre : entre sympathies pour Vichy, Résistance et sauvetage des juifs

♦ Étienne Fouilloux (Université Lumière-Lyon 2) : Un nouvel élan éditorial à Saint-Maximin ?

♦ Éric Belouet (CHS Paris 1) : Une génération de la guerre ?

♦ Fabrice Bouthillon (Université de Bretagne Occidentale, CRBC) : Bruckberger, politique et société

♦ Frédéric Le Moigne (Université de Bretagne Occidentale, CRBC) : Quelle iconographie saint-maximinoise pour quel idéal de vie dominicaine ? Autour des albums Dominicains et Fils de lumière

♦ Tangi Cavalin (CEMS/IMM/EHESS) : Saint-Maximin, un centre de formation missionnaire alternatif à celui de la Mission de France ?

♦ Yann Raison du Cleuziou (Université de Bordeaux) : La province de Toulouse vue par la Province de France : autour du priorat d’Augustin Désobry (1953-1954)

♦ Olivier Chatelan (Université Jean Moulin-Lyon 3): Aménager la Sainte-Baume (de l’installation à nos jours)

 

Conclusion générale :

♦ Étienne Fouilloux (Université Lumière-Lyon 2)

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