CECI n'est pas EXECUTE cems : Interactions socio-philosophiques 3. Les applications de la méthode phénoménologique

Interactions socio-philosophiques 3. Les applications de la méthode phénoménologique

Luz Ascarate, doctorante (Université Paris I Panthéon-Sorbonne)

Audran Aulanier, doctorant (CEMS-EHESS)

Le vendredi de 17h30 à 20h (salle D634, Université Paris I – Panthéon Sorbonne, 1 rue Victor Cousin, galerie Jean-Baptiste Dumas, 75005 Paris), du 26 février au 25 juin 2021

Présentation

Ce séminaire propose un parcours qui part (I) d’interrogations théoriques sur l’application de la méthode phénoménologique et d’interrogations génératives concernant le soubassement social et politique de grands concepts phénoménologiques (agir, sujet, description) pour se diriger (II) vers l’application de la méthode phénoménologique dans des champs non exclusivement phénoménologiques (artistiques, historiques, politiques, sociaux). Ce parcours prolonge deux séminaires hébergés au CEMS, co-organisés par Audran Aulanier, consacrés respectivement aux inégalités depuis une perspective socio-philosophique (2019, avec Felipe Linden), et aux enquêtes socio-phénoménologiques, dans la lignée de Schütz et des ethno-méthodologues en particulier (2020, avec Guillaume Gass).

Pour chaque séance, il est nécessaire de vous inscrire au préalable en écrivant à luz.ascarate[at]univ-paris1.fr ou / et audran.aulanier[at]ehess.fr

I. Les deux premières séances seront consacrées à des éclaircissements théoriques sur le passage du possible à l’action en phénoménologie. Penser ce passage revient en premier lieu à se demander qui agit, et comment l’action se déroule ; ou sur un mode phénoménologique, comment une possibilité d’action s’actualise-t-elle parmi d’autres données préalablement au sujet ? Deux questionnements préliminaires sont alors à l’œuvre : le premier sur le statut du sujet, le second, qui s’imbrique dans le premier, sur le lien entre imagination, corporéité, volonté et action, notamment politique. Le sujet agit-il librement, volontairement, comme instituteur du sens, ou alors répond-il à quelque chose d’étranger ? Des analyses de Husserl sur l’ipséité du soi, en passant par les descriptions éidétiques concrètes de l’action dans la phénoménologie post-husserlienne, par les réflexions de Schürmann sur la praxis an-archique, capable de penser l’impact de la survenue de l’événement sur la praxis politique, ou encore Waldenfels, qui renouvelle l’approche phénoménologique en passant d’une réduction intentionnelle à une réduction pathique et responsive, il faudra se pencher sur les enjeux de ces constructions théoriques. Penser le sujet agissant est-il possible dans le cadre d’une phénoménologie de la volonté ? Quel rôle faut-il conférer à la corporéité motrice et au corps propre dans le cadre d’une telle entreprise ? Quelles conceptions du possible et du pouvoir subjectif cela nécessite-t-il ? Ces interrogations nous mèneront à l’abord des liens entre la vie perceptive du sujet et son agir individuel d’une part, et la constitution d’institutions politiques et de l’imaginaire social et politique d’autre part.

II. Sur ces bases, les quatre autres séances proposeront des réflexions plus appliquées, à partir notamment de croisements avec des pratiques artistiques, des enquêtes empiriques, ou la prise en compte de l’historicité dans la méthode phénoménologique. Les interrogations qui guideront nos réflexions seront alors les suivantes : Vers quoi, ou en quoi, l’artisan transcende-t-il ce qu’il fabrique vers un univers de sens en partie pré-donné dans le champ du possible ? En est-il de même pour le danseur et son propre corps, ou le peintre et les images?

Comment l’historien peut-il mobiliser des outils phénoménologiques pour l’interprétation de certains événements historiques ? Comment la phénoménologie peut-elle nous aider, en la croisant aux sciences sociales, à analyser l’aspect pathique du social, qui nous frappe ou nous heurte (widerfahren), nous saisit, et dirige ou redirige nos actions vers des ornières de sens déjà constituées, quand nous ne sommes pas mis devant l’impossibilité de répondre à ces chocs ?

Quels problèmes de l’histoire de la philosophie la phénoménologie nous permet-elle d’identifier et de renouveler ? A titre d’exemples, on pourra ici s’interroger sur Derrida et son ‘hantologie’ qui s’inspire d’une phrase de Marx, sur les travaux de Ricoeur sur la mémoire collective, qui repartent notamment d’Aristote et d’Augustin, ou sur ceux de Waldenfels sur l’oubli de la prise en compte de l’étrangeté radicale dans l’histoire de la philosophie. Ces réflexions ne seront pas développées pour elles-mêmes, mais pour comprendre comment ces revisites permettent des applications en sciences sociales, comme par exemple les travaux sur la mémoire de Ricoeur qui influencent des recherches en sciences politiques sur le devoir de mémoire (Johann Michel), ceux de Derrida qui inspirent des recherches sociologiques sur la “hantise” (Joan Stavo-Debauge), ou ceux de Waldenfels qui informent l’anthropologie culturelle sur les rituels (Bernard Leistel).

Que peuvent apporter des réflexions sur l’homme faillible (Ricoeur) ou l’homo respondens (Waldenfels), par exemple, pour des études sur le rapport entre les capacités d’agir dans les populations vulnérables (Gardella & Cefaï ; Breviglieri), sur leur capacité à participer ou à prendre la parole dans l’espace public ou au sein d’une communauté ? De quelle façon la phénoménologie sociale, à commencer par celle de Schütz, permet-elle de renouveler la compréhension des actions des sujets, notamment en situation d’incertitude ?

Programme

Vendredi 26 février : La phénoménologie appliquée à l’agir (politique)

♦ Alessandro Colleoni (doctorant en philosophie à la Fondazione San Carlo, Modène & au CRAL, EHESS / Fonds Ricoeur)
« La plus haute volonté est celle qui a ses raisons »
Deux modèles non volontaristes de l’action dans la pensée de Paul Ricoeur

Dan Di Razza (enseignant en philosophie dans l’académie de Lille, chargé de cours en philosophie politique à l’Université de Lille)
Une praxis an-archique implique-t-elle une politique du geste ?

Vendredi 26 mars : Problèmes opératoires de la phénoménologie post-husserlienne

Circé Furtwängler (doctorante en philosophie à l’ISJPS, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, agrégée de philosophie)
La phénoménologie de Dufrenne : une philosophie transcendantale des relations incarnées dans les régions de l’expérience plutôt qu’une philosophie asubjective

Dan Li (doctorant en philosophie à l’ISJPS, Université Paris I Panthéon- Sorbonne)
La méthode de Merleau-Ponty est-elle phénoménologique ? La Gestalt et l’infini

Vendredi 16 avril : Percevoir l’image, ressentir son corps, analyses phénoménologiques

Veronica Cohen (doctorante en Arts (esthétique, pratique et théories) au CEAC, Université de Lille, Université de Buenos Aires / CONICET / danseuse de danse butō)
Se mouvoir, entre la danse et la phénoménologie

Rodrigo Y. Sandoval (doctorant en philosophie à l’Universität zu Köln / Universidad Alberto Hurtado – Chili)
Appropriation phénoménologique du concept de seeing-in dans la théorie des images : une confrontation des théories de Richard Wollheim et d’Edmund Husserl

Vendredi 7 mai : Phénoménologies de la violence et de la déviance

Djamel Bentrar (docteur de l’université d’Amiens en philosophie contemporaine et chercheur associé au CURAPP-ESS)
De l’intime au social, la typification à l’épreuve

Edouard Jolly (docteur en philosophie de l'Université de Lille III, chercheur en théorie des conflits armés à l'IRSEM, enseignant à Paris II Panthéon-Assas)
Phénoménologie de la violence

Vendredi 28 mai : Phénoménologie de l'expérience : incommensurabilité, singularité et colonialisme

Paul Gossart (doctorant en philosophie à STL, Université de Lille / artisan d’art)
Situation de l'artisan restaurateur : entre expérience et travail de la singularité

Camilla Caglioti (Masterante en philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne) & Luz Ascarate (Docteure de l’EHESS en philosophie et science sociales, Doctorante en philosophie à l’ISJPS, Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne)
Fanon (lecteur de Merleau-Ponty) & Wolff (lecteur de Ricœur)

Vendredi 25 juin : Phénoménologie sociale

Audran Aulanier (doctorant en sociologie au CEMS, EHESS / Institut Convergences migrations)
La cosmo-politique d’Etienne Tassin à l’épreuve de la participation des demandeurs d’asile à la communauté

Cristina Vendra (docteure de l’EHESS en philosophie et sciences sociales,
« jeune docteure » du CEMS, chercheuse post-doctorale à l’Institut de philosophie de l’académie tchèque des sciences)
Paul Ricœur et Alfred Schütz : pour une phénoménologie sociale de la mémoire collective et du temps commun

Document(s) à télécharger

EHESS
CNRS
INSERM

flux rss  Actualités

Penser l'intersectionnalité dans l'espace public

Journée(s) d'étude - Vendredi 18 octobre 2019 - 09:30« Penser l'intersectionnalité dans l'espace public »18 Octobre 2019 -  9h30–18hCNRS Pouchet – 59-61 Rue Pouchet, 75017 Paris   Préprogramme9h30-9h45 : Accueil9h45-10h : Introduction de la journée par les organisateurs∙trices, Victor Albert Bla (...)(...)

Lire la suite

Le Brésil a-t-il besoin d'une réforme agraire? Ruptures et continuités d'un débat

Journée(s) d'étude - Vendredi 27 septembre 2019 - 08:45Le Brésil a-t-il besoin d'une réforme agraire ? Ruptures et continuités d'un débatLa journée d'études se tiendra à l'EHESS, 105 Boulevard Raspail 75006 Paris, le vendredi 27 septembre 2019, de 8h45 à 18h, en l'amphithéâtre François Furet. Pr (...)(...)

Lire la suite

Migrations et espaces publics

Colloque - Jeudi 13 juin 2019 - 10:30ProgrammeJeudi 13 juin10h30 – 11h : Accueil et introduction du séminaire11h – 13h : Axe 1 - Définir la situation migratoire. Discours et expériences d'un problème publicHélène Mazin (Max Weber / Lyon 2) : « Accueillir chez soi : entre discrétion et publicisat (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

Centre d'étude des mouvements sociaux (CEMS)

54 Boulevard Raspail 75006 Paris
Tel.: +33 (0)1 49 54 24 27
        +33 (0)1 49 54 25 95
cems@ehess.fr