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Joana Sisternas Tusell soutiendra sa thèse de doctorat intitulée

« Chapéu Mangueira et ses mondes imbriqués : ethnographie d’une favela “pacifiée” »

et préparée sous la co-direction de Daniel Cefaï et de Neiva Vieira da Cunha, le 7 octobre 2022, evant un jury composé de :

♦ M. Pedro Abramo, Professeur, Universidade Federal do Rio de Janeiro (UFRJ) (rapporteur)

♦ M. Mathieu Berger, Professeur, Université Catholique de Louvain (UCL) (rapporteur)

♦ M. Daniel Cefaï, Directeur d’études, EHESS (directeur de thèse)

♦ Mme Agnès Deboulet, Professeure des universités, Université Vincennes-Saint-Denis (Paris 8)

♦ M. Dominique Vidal, Professeur des universités, Université Paris Diderot (Paris 7) (président du jury)

♦ Mme Neiva Vieira da Cunha, Professeure, Universidade Estadual do Rio de Janeiro (UERJ) (directrice de thèse)

 

Présentation/Résumé

Cette thèse s’inscrit dans les champs de la sociologie et de l’anthropologie de la ville et prend la forme d’une monographie de quartier populaire. L’enquête prend comme point de départ la politique de « pacification » mise en place en 2008 dans certaines favelas de la ville de Rio de Janeiro en vue de la tenue des mégaévènements sportifs internationaux (Coupe du Monde de football de 2014 et Jeux Olympiques de 2016) et étudie finement l’évolution de l’une d’entre elles : Chapéu Mangueira. Douze mois vécus dans cette petite favela centenaire (2012-2015), ont permis de repérer et d’accompagner le passage à la clandestinité temporel du trafic de stupéfiants et la fin du quadrillage de l’espace de la favela par des « bandits » armés ; la pénétration massive dans la vie quotidienne des pouvoirs publics, du marché touristique et du marché immobilier, puis leur désertion progressive ; et la transformation des configurations politiques au sein de la favela, dont la perte de contrôle de l’association des habitants, classiquement l’interlocuteur des politiques.

Si certains pronostiquaient un avant et un après de cette politique de grande envergure, l’enquête montre que la politique de « pacification » traverse le quotidien de la favela sans en transformer radicalement l’histoire. Les expériences vécues par les habitants des favelas en contexte de « pacification », dont le recul de la violence armée, le gain de certaines libertés, l’amélioration discrète des services, la rencontre avec des étrangers, le démarrage de nouveaux projets collectifs et individuels, mais aussi la répression de l’État, le contrôle des conduites, l’aménagement polémique du territoire…, s’inscrivent dans une histoire ancienne d’interventions publiques et de luttes, résistances et mobilisations locales.

L’ethnographie menée à Chapéu Mangueira restitue cette temporalité longue des évènements et des transformations observés à Chapéu Mangueira en contexte de « pacification ». Elle s’attache à décrire et comprendre le monde de la favela tel qu’il apparaît au quotidien et tel qu’il est vécu et raconté par ses habitants. La favela de Chapéu Mangueira y apparaît comme un réseau hautement complexe de relations en processus permanent de (re)configuration où le monde de la rue et celui de la maison, celui de la maison et de la famille, celui de l’évangélisme, du trafic de drogues, des associations de quartier et du marché touristique sont profondément imbriqués. Recherche fondamentalement empirique, elle mobilise des techniques d’enquête aussi diverses que le dessin, la cartographie, l’étude des réseaux de parenté, le récit de vie, l’observation participante, les documents personnels, les entretiens et les conversations informelles au bistrot… En partant de la description de la vie quotidienne qui se déroule dans l’espace de la rue, de l’étude de l’évolution des maisons et des configurations de maisons ou, encore, de l’analyse des réseaux de parentèle, la thèse dessine, d’un côté, une sociogenèse de la formation d’un quartier et corrélativement d’une communauté urbaine et de l’autre, elle en décèle l’organisation sociale.

Mots clé : favela, « pacification », mondes sociaux, ethnographie, communauté urbaine.

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Chapéu Mangueira and its linked worlds: ethnography of a "pacified" favela

Abstract: This thesis is part of the fields of sociology and anthropology of the city and takes the form of a monograph on a popular neighborhood. The investigation takes as a starting point the policy of "pacification" implemented in 2008 in some favelas of the city of Rio de Janeiro in view of the holding of international sports mega-events (World Cup of soccer of 2014 and Olympic Games of 2016) and studies in detail the evolution of one of them: Chapéu Mangueira. Living for twelve months in this small centennial favela (2012-2015), allowed me to identify and monitor the passage to the temporal underground of drug trafficking and the end of the squaring of the space of the favela by armed "bandits"; the massive penetration of the public authorities, the tourist market and the real estate market into daily life, then their gradual desertion; and the transformation of the political configurations within the favela, including the loss of control of the community association, traditionally the interlocutor of the politicians.

If some predicted a before and after to this large-scale policy, the survey shows that the "pacification" policy is going through the daily life of the favela without radically transforming its history. The experiences of favela inhabitants in the context of "pacification", including the reduction of armed violence, the gain of certain freedoms, the discreet improvement of services, the encounter with foreigners, the start of new collective and individual projects, but also the repression of the State, the control of behaviors, the polemical planning of the territory..., are part of an ancient history of public interventions and struggles, resistances and local mobilizations.

The ethnography carried out in Chapéu Mangueira restores this long temporality of the events and transformations observed in Chapéu Mangueira in the context of "pacification". It strives to describe and understand the world of the favela as it appears in daily life and as it is lived and told by its inhabitants. The favela of Chapéu Mangueira appears as a highly complex network of relations in permanent process of (re)configuration where the world of the street and that of the house, that of the house and the family, that of evangelism, of drug trafficking, of community associations and of the tourist market are deeply intertwined. Fundamentally empirical research, it mobilizes research techniques as diverse as drawing, cartography, the study of kinship networks, life stories, participant observation, personal documents, interviews and informal conversations at the bistro... Starting from the description of daily life that takes place in the street space, from the study of the evolution of houses and house configurations, or the analysis of kinship networks, the thesis draws, on the one hand, a sociogenesis of the formation of a neighborhood and, correlatively, of an urban community, and, on the other hand, it reveals its social organization.

Keywords: favela, "pacification", social worlds, ethnography, urban community.

EHESS
CNRS
INSERM

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